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    Bassin du lac Tchad : Boko Haram et enjeux pétroliers

    Publié le : 1er juillet 2016
    Après la sanglante attaque de Boko Haram contre les positions de l’armée nigérienne à Bosso, le 3 juin dernier, plus d’un observateur averti a été frappé par la nature des déclarations faites par les officiels nigériens qui s’attachaient tout particulièrement à pointer, de manière implicite et parfois même très explicite, la responsabilité des autorités du Nigeria dans la régionalisation d’un « conflit politico-religieux » qui a pris naissance sur leur territoire. La première charge est venue du Ministre nigérien de la défense nationale, M. Massaoudou Hassoumi, qui s’est exercé à démontrer que la « reconstitution » de Boko Haram, après sa mise en déroute en mars 2015 par les armées nigériennes et tchadiennes, n’a été possible que parce que l’armée nigériane n’est jamais venue occuper les positions reprises à ce groupe terroriste sur l’axe Mallam Fatori-Damasak. Plus nuancé, le Président Issoufou a quant à lui déclaré, dans une interview accordée au quotidien français « Le Monde » lors de sa dernière visite en France : « Il n’y a pas de présence permanente de Boko-Haram au Niger, mais il n’est pas exclu que des Nigériens établis au Nigeria en fassent partie ».
    Selon le Président Issoufou et son ministre de la défense, le Nigeria reste et demeure donc pratiquement l’unique foyer de l’insurrection de Boko Haram ; car, tous les deux affirment que non seulement le Niger n’abrite pas de base de ce groupe, mais qu’en plus seuls des Nigériens établis au Nigeria en font partie. Ces affirmations sont d’autant plus difficiles à admettre qu’il est de notoriété publique que plusieurs centaines de personnes, pour la plupart de nationalité nigérienne, sont actuellement détenues dans les prisons de Kollo et Koutoukalé pour des liens présumés avec le groupe Boko Haram. L’objectif visé à travers des telles affirmations n’échappe donc à personne ; il s’agit tout simplement de justifier, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, l’option d’une intervention militaire nigéro-tchadienne sur le territoire nigérian. Cette option, le Ministre nigérien de la défense l’a expliqué de long en large, lors de son point de presse sur l’attaque de Boko Haram à Bosso ; elle consiste pour les armées tchadienne et nigérienne à intervenir de l’autre côté de la frontière avec le Nigeria pour reprendre les bases du groupe terroriste et de s’y établir durablement.
    La régionalisation du conflit, une aubaine pour le Nigeria ?
    Après avoir vainement attendu la mise en route de la force multinationale mixte, les autorités nigériennes entendent donc assumer leur part de responsabilité en portant la guerre contre Boko Haram sur le front nigérian, là où ce mouvement est né et là où il dispose de bases à partir desquelles il lance ses attaques. Cette nouvelle option stratégique, qui n’est en réalité qu’un remake de celle mise en œuvre à partir de mars 2015, découle avant tout de la crainte légitime de ces autorités de voir Boko Haram migrer vers la partie nigérienne du lac Tchad ; mais, elle semble également dictée par une sorte de réaction de dépit, aussi bien face à la communauté internationale, qui n’a montré aucun signe de bonne volonté quant au financement de la force multinationale, que face à un État nigérian dont les atermoiements, supposés ou réels, sont vus par Niamey comme un des facteurs décisifs de la régénérescence du groupe terroriste. Le ministre nigérien de la défense l’a d’ailleurs clairement exprimé en soulignant que la plus grosse erreur des autorités nigériennes et tchadiennes a été de retirer leurs forces de toutes les villes de la partie Nord-Est du Nigeria d’où elles avaient réussi, suite à leur intervention de mars 2015, à chasser les éléments de Boko Haram.
    Quoi qu’il en soit, il importe de constater que les autorités nigérianes sont restées muettes aux critiques à peine voilées émises par leurs homologues des pays francophones voisins ; elles semblent même accepter, ou au moins prendre acte, de la détermination de ces derniers à engager une grande offensive contre Boko Haram et s’installer dans les zones frontalières. Cette attitude laisse penser que les autorités nigérianes comprennent au moins très bien qu’elles n’ont, à priori, rien à perdre à encaisser les critiques venant des pays voisins sur leur laxisme supposé ; car, l’essentiel est que la rhétorique interventionniste des dirigeants francophones, en particulier ceux du Niger et du Tchad, débouche finalement sur une offensive militaire effective, y compris en territoire nigérian, contre Boko Haram dont les actions font certainement plus de torts au Nigeria qu’à ses pays voisins. C’est le lieu d’ailleurs de relever que c’est une véritable aubaine pour le Nigeria de voir ses voisins francophones, longtemps tenus en suspicion par certains milieux d’Abuja, s’investir dans une lutte implacable contre Boko Haram ; car, il ne faut pas oublier que l’intérêt stratégique du Nigeria aujourd’hui, bien que ses élites dirigeantes soient toujours hostiles à toute idée d’intervention étrangère, est d’amener ses voisins à considérer que Boko Haram représente également une menace pour eux.
    Sous la présidence de Goodluck Jonathan, on se souvient d’ailleurs que le discours politico-diplomatique dominant était d’attirer l’attention, non seulement de ces pays, mais aussi de la France dont ils font partie du pré carré, sur le caractère régional de cette menace. Le ministère nigérian de l’information de l’époque l’a clairement martelé, en février 2014, à la veille d’une visite à Abuja du Président François Hollande : L’insurrection de Boko Haram pourrait devenir « un problème majeur pour la France, pour les intérêts occidentaux en Afrique de l’Ouest »[Propos rapportés par une dépêche de l’AFP du 25 janvier 2014]. Cet avertissement n’avait pas été pris très au sérieux dans l’immédiat, aussi bien par la France, dont l’engagement contre Boko Haram n’est jamais allé au-delà des déclarations solennelles de ses dirigeants, que par les pays voisins du Nigéria, notamment le Niger et le Tchad, dont les dirigeants, bien que conscients des conséquences socioéconomiques prévisibles de cette insurrection, pouvaient encore considérer cette menace comme plutôt virtuelle. C’est sans doute d’ailleurs la raison pour laquelle les dirigeants de ces deux pays n’avaient pas hésité à retirer du Nigeria, courant novembre 2014, leurs contingents militaires engagés depuis 1998 dans la force multinationale (MNJP) chargée de combattre le trafic d’armes et toutes formes de banditisme dans le bassin du lac Tchad. Cette force multinationale était constituée des éléments issus des forces armées du Tchad, du Nigeria et du Niger ; elle avait réussi, pendant plusieurs années, à préserver un climat de sécurité relative dans le lit du lac Tchad[L’idée de créer cette force multinationale, dénommée au départ patrouille mixte, a été lancée en novembre 1984 lors d’une réunion de la Commission du bassin du lac Tchad à Maiduguri au Niger ; elle a été relancée 10 ans plus tard au cours d’une autre réunion de l’organisation tenue à Maiduguri du 10 au 13 novembre 1994.].
    Après la dislocation de fait de cette force multinationale, avec le retrait successif du contingent tchadien et du contingent nigérien, il a été facile pour les insurgés de Boko Haram de prendre, en janvier 2015, le contrôle de la ville de Baga au Nigeria, qui en abritait le quartier général. Les informations diffusées par les médias internationaux indiquent que l’attaque de Boko Haram contre la ville de Baga a été l’une des plus meurtrières jamais enregistrées[Un rapport d’Amnesty International donne le chiffre de 2000 morts] ; elle a permis à Boko Haram d’occuper une position stratégique dans le bassin du lac Tchad et de prendre possession d’une quantité impressionnante d’armements laissés sur place par une armée nigériane en déroute. C’est seulement après ce tragique évènement que les pays voisins du Nigeria ont pris véritablement conscience de l’ampleur de la menace que représente Boko Haram pour eux ; et cette prise de conscience s’est traduite par la tenue à Niamey d’une réunion des pays membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad au cours de laquelle il avait été décidé de créer une force multinationale mixte composée de 8000 soldats. Les pays francophones voisins du Nigeria, notamment le Niger, le Tchad, le Cameroun et le Benin, s’étaient découvert une nouvelle vocation, celle de mobiliser la communauté internationale pour tenter de sauver leur grand voisin et endiguer une menace djihadiste déjà à leurs portes.
    Quelques jours après la réunion de Niamey, l’entrée officielle de ces pays francophones en guerre contre Boko Haram a été annoncée à Ndjamena où, à la demande du Président Idriss Deby qui était jusque-là médiateur pour la libération des filles de Chibok, le parlement avait autorisé l’envoi de l’armée tchadienne au Cameroun puis au Nigeria. La première attaque de Boko-Haram au Niger est intervenue le 6 février 2015 à Bosso ; elle a été fermement écrasée grâce aux efforts conjugués des armées tchadienne et nigérienne. En mars 2015, les deux armées ont décidé de mener une grande offensive sur le territoire nigérian avec l’aval des autorités d’Abuja, soucieuses de remporter au moins quelques victoires militaires significatives contre Boko Haram, avant la tenue d’un double scrutin décisif pour la survie politique du régime du Président Goodluck Jonathan. Cette offensive a permis aux deux armées de reprendre, en un temps record, la plupart des villes nigérianes situées le long de la frontière avec le Niger ; mais, quelques temps seulement après la défaite électorale de Goodluck Jonathan, battu par un ancien général à la retraite connu pour son intégrité et son patriotisme, les armées tchadienne et nigérienne se sont retirées du territoire nigérian, au grand bonheur de Boko Haram qui s’est empressé de reprendre ses positions. Les autorités nigériennes et tchadiennes considèrent aujourd’hui que cette décision de retrait fut une erreur monumentale ; elles se disent déterminées à rééditer au cours des prochains jours leur exploit de mars 2015 en envoyant leurs troupes combattre Boko-Haram sur le territoire nigérian, avec ou sans l’aide de la communauté internationale.
    Aujourd’hui, il est heureux de constater que plus aucun pays riverain du bassin du lac Tchad n’est tenté de faire montre d’une quelconque complaisance vis-à-vis de Boko-Haram qui apparait clairement comme une sérieuse menace pour l’ensemble de la région ; et cela, on le doit bien sûr aux autorités du Nigeria, dont les quelques succès militaires ont obligé les insurgés à vouloir s’établir dans le lit du Tchad, mais aussi aux dirigeants de Boko-Haram, dont les attaques récentes contre le Niger sont venues rappeler à tous que la menace de déstabilisation reste réelle pour chacun des pays. La décision des dirigeants du Niger et du Tchad de lancer une nouvelle offensive d’envergure contre Boko Haram en territoire nigérian revêt donc une signification toute particulière aujourd’hui ; car, elle permettra de savoir si les anciennes puissances coloniales et les États-Unis, considèrent également la résurgence de Boko Haram comme une menace sérieuse pour leurs intérêts stratégiques dans la région, plutôt que comme une opportunité pour eux de réaliser des desseins inavouables. L’opinion publique est particulièrement attentive aux réponses qui vont être données par ces puissances aux sollicitations des dirigeants des pays riverains du bassin du lac Tchad, dont tout le monde sait qu’ils n’ont à l’heure actuelle les moyens de faire face seuls, ni à la menace que représente Boko Haram, ni même aux défis humanitaires engendrés par ses attaques.
    Boko Haram un pion dans la stratégie hégémoniste des puissances occidentales ?
    Selon le magazine français Paris Match, le Président Issoufou, qui est allé à Paris et à Bonn, solliciter l’appui de ces deux grandes puissances européennes dans le cadre de la lutte contre Boko Haram, n’a pas obtenu grand-chose. La déclaration faite par le Président Hollande, à l’issue de sa rencontre avec son homologue nigérien, a même montré que le Niger est plus adulé du côté de Paris comme un partenaire dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine que contre Boko Haram ; car, si Boko Haram est aujourd’hui pour le Niger le plus grand danger pour sa sécurité et son développement, l’immigration clandestine est pour toute l’Europe un sujet de préoccupation tout aussi important. L’argent et les armes que le Président Issoufou n’a pas obtenus pour la lutte contre Boko Haram, il les aurait certainement déjà dans les coffres du Trésor et les armureries de l’armée, si l’offensive qu’il envisage de lancer avec son homologue tchadien était dirigée contre les filières de la migration. Les observateurs les plus suspicieux de la scène géostratégique africaine n’ont pas tort de penser que la menace que représente Boko Haram pour les pays riverains du bassin du lac Tchad, n’est ni plus ni moins qu’une opportunité du point de vue de la stratégie hégémoniste des grandes puissances occidentales ; car, ce que Boko Haram a réussi à accomplir en l’espace de quelques années seulement c’est avant tout d’affaiblir le Nigeria en tant que puissance politique, économique et militaire, en lui empêchant de tirer profit, non seulement de ses revenus pétroliers, dont une partie est détournée et empochée par ses dirigeants par le biais d’achats fictifs d’armement[Le site Sahara Reporters rapporte : “Detectives have traced about N4.745billion of the diverted $2. 1billion arms cash to a former Minister of State (Defence), Musiliu Obanikoro and Ekiti State Governor Ayodele Fayose”. Ce n’est qu’une partie de l’argent détourné.], mais aussi de ses réserves d’or noir du bassin du lac Tchad, dont la mise en exploitation lui aurait permis d’accroitre son poids au sein du club des pays producteurs du pétrole.
    Aujourd’hui, il apparait de plus en plus difficile d’occulter le fait que le bassin du lac Tchad est devenu un des théâtres de conflit les plus chauds du continent africain qu’à partir du moment où l’or noir a commencé à jaillir des puits de Doba au Tchad et d’Agadem au Niger, et depuis que le Nigeria s’est mis en tête qu’il est temps pour lui aussi de mettre en exploitation ses réserves situées dans l’État du Bornou. L’expansion rapide de Boko Haram est, en tout cas, venue donner un coup d’arrêt au projet pétrolier nigérian dans le bassin du lac Tchad ; en même temps qu’elle a retardé celui du Niger consistant à se connecter au pipe-line Tchad-Cameroun pour l’exportation de son pétrole brut. La particularité de tous ces projets tient d’abord au fait qu’ils sont exécutés avec des compagnies chinoises ; ensuite, au fait qu’ils visent chacun à accroitre la marge d’autonomie des pays porteurs. Le résultat aujourd’hui de l’expansion de Boko Haram c’est que les États riverains du bassin du lac Tchad, qui ont fondé tous leurs espoirs sur leurs projets pétroliers, sont tous confrontés à des difficultés économiques énormes ; au point où ils ont beaucoup du mal à assurer les fins de mois de leurs fonctionnaires et à relever les défis sécuritaires et humanitaires posés par Boko Haram. Comme le soulignent nombre d’observateurs internationaux, les projets pétroliers initiés par les pays riverains du bassin du lac Tchad avec les compagnies chinoises sont au cœur des enjeux de cette insurrection armée qui secoue toute la région[Boko-Haram : le bras armé de l’Occident pour détruire le Nigeria et chasser la Chine du Golfe de Guinée, Carlos Bake et Olivier A. Ndenkop,“Le Journal de l’Afrique n° 003″, 24 octobre 2014, Investig’Action] ; car, il est de notoriété publique que l’arrivée en force des compagnies chinoises sur le marché de la production pétrolière en Afrique est perçue dans nombre des capitales des pays occidentaux et du golfe comme un véritable acte de défiance.
    En effet, il importe de noter que l’accès et le contrôle des réserves pétrolières africaines sont devenus, depuis quelques années, un des grands enjeux de la guerre économique, tantôt feutrée tantôt ouverte, que se livrent les puissances occidentales et la Chine populaire. Cette guerre a commencé au Soudan où la compagnie chinoise China National Petroleum Corporation (CNPC) s’est imposée comme le principal exploitant et acheteur du pétrole, au détriment des compagnies occidentales, notamment de la compagnie américaine Chevron, à l’origine de la découverte en 1978 des gisements pétroliers situés dans le sud du pays[Soudan : La guerre secrète américano-chinoise, par Severin Tchatchoua Tchokonte, 25 août 2013, Diploweb.com]. Elle s’est soldée par la partition en 2011 de ce pays, après des décennies d’une guerre de sécession particulièrement meurtrière, opposant le gouvernement central de Karthoum, d’abord à la rébellion sudiste de John Garang, puis à celle du Darfour soutenues par l’administration américaine ; mais, il importe de noter que les États-Unis, même s’ils sont parvenus à casser l’unité du Soudan éclaté en deux entités souveraines (Soudan et Soudan du Sud), ont échoué à reprendre à la compagnie chinoise CNPC le contrôle des champs pétroliers soudanais. La compagnie chinoise CNPC, qui s’en est ainsi sortie « victorieuse » de cette première guerre du pétrole sino-américaine, s’est sentie capable de se déployer dans d’autres pays africains ; car, les dirigeants de cette compagnie chinoise ont très bien compris l’avantage qu’ils peuvent tirer de l’entrée en récession des économies occidentales, en offrant aux États africains une opportunité historique de diversifier leurs partenaires dans le domaine énergétique.
    En l’espace de quelques années, la CNPC est devenue le principal acteur de la production pétrolière dans les pays riverains du bassin du lac Tchad, notamment au Tchad où elle a racheté la totalité des parts de la compagnie canadienne ENCANA et obtenu des permis pour des gisements situés à la frontière libyenne et dans le bassin du lac Tchad, et au Niger où elle a lancé un projet d’exploitation des gisements d’Agadem[Source divers articles à ce sujet sur le site de l’Agence Ecofin http://www.agenceecofin.com/. Lire également l’article de Fabienne Pinel, « La Chine, le pétrole et l’Afrique », sur Afrik.com.]. Les compagnies pétrolières chinoises ont signé également d’importants contrats avec le Nigeria, pour l’exploration du pétrole dans le Delta du Niger et le lac Tchad et la construction de raffineries, avec le Cameroun, pour la construction de pipelines et le transit du pétrole qu’elles exploitent au Niger et au Tchad, et avec la Centrafrique, pour l’exploration pétrolière dans le Nord du pays. Ces compagnies pétrolières sont présentes également en Algérie, au Mali et en Mauritanie, où elles se positionnent pour l’exploitation de l’or noir dans l’immense bassin du Taoudenit. Cette offensive chinoise dans le secteur pétrolier africain, qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie globale de Pekin visant à conquérir des marchés extérieurs pour ses produits et à garantir l’approvisionnement de ses industries en matières premières stratégiques, est intervenue dans un contexte de crise économique mondiale ; elle constitue une menace d’autant plus sérieuse pour les grandes puissances occidentales qu’elle rencontre un écho plutôt favorable aussi bien dans les cercles des pouvoirs africains qu’au sein de l’opinion publique, de plus en plus fatigués de subir leur diktat.
    A la lumière de tous ces éléments, on comprend bien l’enjeu que peut représenter Boko Haram dans la guerre que se livrent les compagnies occidentales et chinoises pour l’accès et le contrôle des champs pétroliers des pays du bassin du lac Tchad ; surtout en cette période de crise économique mondiale où les compagnies chinoises semblent avoir, en dépit de la chute des cours mondiaux du pétrole tirée par les États-Unis et ses alliés du golfe, plus d’atouts pour remporter la bataille. Entre 2010 et 2016, force est de constater que toutes les tentatives de renégociation ou de remise en cause des avantages acquis par les compagnies chinoises, que ce soit au Tchad et au Niger, ont lamentablement échoué face à l’intransigeance des partenaires chinois. Ce fut le cas notamment du bras de fer engagé par Ndjamena au sujet du non respect des normes environnementales par la compagnie chinoise CNPC à laquelle a été infligée une amende de 800 millions d’euros[Source, article sur le site RFI] ; ce fut aussi le cas de rounds de négociations engagés par les autorités nigériennes avec la CNPC au sujet du coût de la raffinerie de Zinder et du rôle de la société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP) dans l’exportation du pétrole raffiné. Les gouvernements des deux pays ont plié devant l’intransigeance chinoise ; car, il est difficile pour eux de trouver une alternative viable aux compagnies pétrolières chinoises. Cette difficulté découle du fait qu’une rupture avec ces compagnies pourrait les priver de toute possibilité d’accès aux guichets d’EXIM Bank China, qui est devenu un acteur clé dans le financement des projets de développement à des conditions parfois plus intéressantes que celles offertes par les créanciers traditionnels.
    Ainsi, il apparait donc clairement que seule une déstabilisation des pays riverains du bassin du lac Tchad pourrait constituer une sérieuse entrave aux ambitions de conquête des champs pétroliers de cette région par les compagnies chinoises ; et c’est là l’une des raisons pour lesquelles plusieurs analystes continuent à soutenir que la régionalisation de l’insurrection armée de Boko Haram n’est pas dissociable de la guerre secrète que livrent les puissances occidentales, en particulier les États-Unis et la France, contre la Chine pour l’accès et le contrôle des ressources énergétiques. Les arguments avancés par ces analystes se fondent non seulement sur le précédent soudanais ci-dessus évoqué, mais aussi sur des faits tels que les prises d’otages occidentaux et la provenance des armements saisis sur les combattants de Boko Haram. Entre 2010 et 2014, les éléments de Boko Haram, dont les actions se limitaient jusque-là à des attentats suicides et des attaques contre des cibles civiles et militaires au Nord-est du Nigeria, ont enlevé plusieurs ressortissants de pays occidentaux et des Chinois au Cameroun[Les cas les plus connus sont ceux de la famille Tanguy Moulin-Fournier et du père Georges Vandenbeusch ; il y a également le cas de religieux italiens et canadiens, Gianpaolo Marta, Gianantonio Allegri et Gilberte Bussier, enlevés au Cameroun.]. La libération rapide de ces otages pour la plupart français, à la suite de négociations entre le gouvernement camerounais et Boko Haram, est encore aujourd’hui évoquée dans certains milieux comme un signe évident de connivence entre ces derniers et la France ; surtout après les propos du Ministre tchadien de la communication, Hassane Sylla, affirmant, lors d’un point de presse en mars 2015 à Yaoundé, que « 40% d’armes saisies par les forces armées du Tchad aux combattants de Boko Haram, sont de fabrication française »[Rapportés par plusieurs médias camerounais et tchadiens, voir site http://www.tchadinfos.com/].
    Cette révélation a été rapidement démentie par un communiqué de l’Ambassadeur de France au Tchad, affirmant que « selon plusieurs rapports, une grande partie des armes de Boko Haram a été prélevée à l’armée nigériane, une autre provient de trafics illégaux dans la région » ; mais, ce démenti n’a pas beaucoup convaincu, plusieurs autres rumeurs ayant circulé aussi bien sur un éventuel paiement de rançons pour la libération des otages enlevés par Boko Haram au Cameroun, que sur des prétendues livraisons d’armes au groupe terroriste. Les suspicions à l’égard de la France sont particulièrement fortes au sein de l’opinion publique de la région, d’abord parce que les souvenirs de la guerre du Biafra de 1968-1970, au cours de laquelle les dirigeants français de l’époque se sont illustrés par un soutien indéfectible à la cause des sécessionnistes, restent encore vivaces dans les esprits ; ensuite, parce que plus récemment encore, les dirigeants de ce pays ont pris le devant de l’intervention occidentale en Lybie, point de départ d’une déstabilisation sans précédent de l’ensemble de la bande sahélo-saharienne où on leur prête l’intention de vouloir redessiner les frontières. Enfin, il faut noter que ces suspicions ont été largement alimentées également par le fait que l’intervention militaire française au Mali, présentée comme une opération de sauvetage d’un pays menacé par des groupes djihadistes, s’est transformée rapidement en une action de quadrillage militaire de l’espace sahélo-saharien. Sans avoir réglé le problème de la partition de fait du territoire malien, dont toute la partie Nord échappe au contrôle du gouvernement central de Bamako, l’opération Serval est devenue opération Barkhane, avec un déploiement des forces françaises au Niger, au Burkina Faso et au Tchad. Ce n’est pas anodin si la recrudescence des attaques de Boko Haram au Niger a remis sur la table la question de la présence des forces militaires étrangères, notamment de la France.
    Quoi qu’il en soit, il importe de retenir que si la menace de Boko Haram a pris une telle ampleur dans l’ensemble du bassin du lac Tchad c’est d’abord parce que tous les pays de la région n’ont pas su asseoir, après plus d’un siècle d’indépendance, un modèle de gouvernance démocratique et de développement social et économique inclusif. La particularité des contrées où ce groupe terroriste a pu prospérer, qu’il s’agisse du Nord-est du Nigeria, du Nord Cameroun, du Sud-est du Niger ou de l’ouest du Tchad, ne tient pas seulement au fait qu’elles recèlent d’importantes réserves de pétrole objet de toutes les convoitises extérieures ; elle tient également au fait qu’il s’agit essentiellement de régions périphériques, durablement affectées par les conséquences du changement climatique, bénéficiant très peu des investissements publics, et surtout livrées à l’incurie d’une administration étatique parfois très corrompue et encline à user de la force chaque fois qu’elle s’est sentie remise en cause. Ce n’est pas un hasard si la plupart des rapports et études, ainsi que les reportages et documentaires publiés ces dernières années sur Boko Haram[ Curbing violence in Nigeria (II) : The Boko Haram Insurgency, International Crisis Group, April 2014 ; Nigeria’s interminable insurgency ? Adressing the Boko Haram Crisis, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, September 2014 ; Nigeria : Trapped in the cycle of violence, Amnesty International, 2012 ; Spiraling violence, Boko Haram attacks and security force abuses in Nigeria, Human Rights Watch, 2012 ; Why do youth join Boko-Haram, United States Institute of peace, special report, June2014 ; Boko Haram, les origines du mal, documentaire de Xavier Muntz et Bruno Fay, 2016.], mettent tous l’accent sur deux faits majeurs ; à savoir, d’une part, le lien évident de cause à effet entre la naissance de ce mouvement et les frustrations engendrées par la persistance d’une pauvreté endémique au sein d’une population majoritairement jeune et rurale ; et d’autre part, le rôle de catalyseur de révolte joué par la politique de recours systématique à la répression policière et militaire pratiquée par les autorités nigérianes au début du conflit. Vue sous cet angle, on peut affirmer que Boko Haram a bénéficié davantage de la mauvaise gouvernance des États de la région, marquée par la corruption et l’absence d’une culture de respect des droits et de dialogue, que des manœuvres bien réelles des grandes puissances pour le contrôle des ressources du sol et du sous-sol.
    A.T. Moussa Tchangari
    Secrétaire général de l’Association Alternative Espaces Citoyens

    L’avenir du monde ne peut ignorer l’histoire de l’esclavage

    Publié le : 20 juin 2016
    Le mois des dates engageant à se souvenir de ce que fut la mise en esclavage arrive, avec le 10 mai choisi par l’État comme date de référence. Chaque année, cette période charrie son lot de commémorations, de déclarations, de prises de décisions.
    Cette année 2016 n’échappe pas à ce besoin de mettre des mots sur des maux et des souffrances inextinguibles puisque l’idéologie qui a mené à ce plus grand crime contre l’humanité n’a jamais été remise en cause ; ne s’exprime t elle pas aujourd’hui sous la forme d’une globalisation financière et militaire qui traite les peuples et les populations comme des variables d’ajustement structurel ?
    Ce crime contre l’humanité, inauguré par la traite transatlantique, a arraché par la force un nombre jamais égalé d’hommes, de femmes et d’enfants à leur village, leur ville, leur continent. Il s’est déroulé sur le plus long temps historique, de l’éclosion du siècle des lumières à l’entrée dans la modernité industrielle, et a concerné l’ensemble des continents ; avec lui s’est légalisée la déshumanisation de millions d’êtres humains, la colonisation qui, a, ensuite permis l’instauration du colonialisme comme moyen de piller un contient entier, du sud au nord.
    Pour tous les crimes commis, que ce soit le crime contre l’humanité que fut la mise en esclavage, l’extermination des peuples indigènes qui habitaient les territoires où sont arrivés les premiers colons, que ce soient les crimes de guerre commis par les armées coloniales pour maintenir leur pouvoir dans les pays dont ils s’étaient arrogé la souveraineté, les anciennes puissances esclavagistes ou coloniales se sont arrangé avec le droit international et n’ont eu de cesse de le déstructurer afin qu’il serve leurs intérêts. Concrétisant ainsi la colonialité du pouvoir qui habite tous les interstices des pouvoirs dominants.
    La communauté internationale, désireuse d’obtenir une structure assurant une justice internationale universelle au cas où les juridictions nationales s’y refuseraient ou ne pourraient assumer un tel face à face, s’est arrangé, dans un entre-soi, pour que la Cour pénale internationale ne puisse exercer « sa compétence qu’à l’égard des crimes (…) commis après l’entrée en vigueur du présent Statut [1] » et surtout pour qu’il n’y ait aucune reconnaissance des crimes dûs à la traite transatlantique, à la mise en esclavage, à la colonisation et au colonialisme. Au sujet de crimes de guerre commis par la France [2], celle-ci a accepté de signer le Statut de Rome en faisant jouer la déclaration de l’article 124 [3] . Cette déclaration a pour effet de sus
    Ainsi, les puissances coloniales et impérialistes se sont acheté une conduite exempte des crimes commis contre des êtres humains, dont l’extermination des peuples indigènes, la mise en esclavage, la ségrégation raciale, les crimes de guerre durant l’époque coloniale...pour ne citer que ceux-ci. 
    La France peut, sans se troubler le moins du monde, s’auto déclarer le premier pays défenseur des droits de l’homme, les États-Unis, la plus grande démocratie et bien sûr dans ce sillage, l’État d’Israël s’affirmer la seule démocratie du Moyen Orient ! 
    Personne ne peut s’élever contre de telles fausses vérités au risque de voir les alliés politiques, intellectuels et médiatiques surgir, vociférer que de tels propos sont mensongers, destructeurs du vivre ensemble et de la cohésion sociale, voire favorisent le terrorisme ; pour conclure, ces parangons de la démocratie finissent par essentialiser ceux qui dénoncent de telles affirmations en les dénonçant ennemis des valeurs de la république. Un mensonge de plus ou de moins !
    Mais de quoi parlons nous exactement ? Cette mémoire ‘occultante’ et occultée, cette mémoire réécrite au gré des objectifs de ceux qui dominent, revient à transformer les faits historiques, à les effacer de la mémoire collective et à les gommer de l’espace public. En un mot, ce que proposent les partisans d’une histoire « propre », digne qui vient nourrir le récit national, c’est de vivre dans un monde schizophrénique. Tout ce qui dérange l’ordre de la domination, tout ce qui relève de la vérité historique, doit être lobotomisé. 
    Il fallait s’inquiéter lorsqu’aucun accord n’a pu être trouvé pour une date commune pour rappeler au peuple français l’horreur que furent la traite négrière transatlantique et la mise en esclavage, la colonisation et le colonialisme. 
    Il fallait s’inquiéter lors de l’inauguration du mémorial contre l’esclavage en découvrant, dans le jardin du Luxembourg, qu’il se réduit à deux anneaux s’élevant vers le ciel, dont le dernier est ouvert. Est ce tout ce que mérite les douze millions de personnes déportées et mises en esclavage ? 
    Il faut s’inquiéter, lorsque dans le storytelling national, Victor Schoelcher est présenté comme l’artisan de l’abolition. N’y a t il aucun historien qui ne soit allé fouiller les archives des débats préparatoires au décret de 1848 [4] ? N’oublions pas que quelques années avant cette abolition définitive, Schoelcher, ce grand Victor, dont le corps est déposé au Panthéon [5]., voulait un délai de 60 ans avant de rendre leur humanité aux milliers d’être humains qui en avaient été privés par la violence, car il ne voyait « (…) pas plus que personne la nécessité d’infecter la société active de millions de brutes décorées du titre de citoyen". 
    Il reviendra sur cette position mais uniquement poussé par Cyrille Bissette [6]/wiki/Cyrille_Bissette, martiniquais, qui s’est battu bien avant Schoelcher pour l’abolition. Là encore, il y a de quoi s’inquiéter lorsque le récit national obère le rôle fondamental joué par un citoyen martiniquais au profit du citoyen blanc, qui a capitulé sur l’indemnisation des victimes de l’esclavage, car il s’agissait plus d’« émanciper les esclaves, pour sauver les maîtres ». C’était la position affirmée par le ministre de l’économie [7] de l’époque, Hippolyte Passy, « ce qu’il faut, c’est la restauration du crédit qui (…) manque » aux colons. « Voilà la première des nécessités coloniales à laquelle il faut pourvoir. C’est le crédit qui, seul, rendra aux colonies la vie, l’activité ». C’est ainsi qu’une indemnisation fut « allouée aux propriétaires d’esclaves [8] sans réparer les conséquences de ce crime de masse… Il s’agissait de conforter la domination blanche dans les colonies et de doter de moyens nouveaux le capitalisme industriel et financier [9]
     ».
    Mais ce principe qui veut que la victime paie le prix de son aliénation et de son asservissement n’est pas nouveau ; dès 1825, Haïti n’aurait elle pas dû s’acquitter pendant 200 ans d’une dette [10] en paiement de son indépendance ? Plus tard, les États nouvellement libérés du joug colonial n’ont ils pas dû payer une forme d’impôt colonial qui, sous la forme actuelle du pacte colonial [11]
    , oblige encore 14 pays [12] à se soumettre à un certain nombre d’engagements [13] ?
    Alors oui, il faut s’inquiéter pour ce manque de mémoire, pour tous ces signes qui manifestent, malgré les grandes dénégations, malgré les références aux droits humains et malgré les amalgames historiques, la permanence de la colonialité du pouvoir et des connaissances, au point que dans certaines villes françaises, sur la même place publique, mais dans des coins opposés, est, d’une part, organisée la commémoration de la victoire du 8 mai 1945, et d’autre part, celle du massacre de Sétif [14]. Les deux faces d’une même armée qui a aussi tué à Madagascar [15] !
    Dès lors, plus rien n’étonne lorsque des historiens [16]e, dont certains assument d’être issus de la traite négrière transatlantique, affirment qu’ils sont contre une société où des citoyens sont traités de manière différente ; certes, on ne peut qu’adhérer à ce principe ; mais oublient ils qu’en 1789, au moment de la première Constitution, des milliers de citoyens français n’étaient toujours considérés que comme des biens meubles ? 
    Il leur faudra attendre 1794 [17] pour que la première abolition leur ouvre les portes d’un début de citoyenneté ; Bonaparte, furieux des troubles ayant cours à Saint Domingue, réintroduira l’esclavage en 1802 [18]. « La cohorte innombrable de tous ces opprimés qui, pendant des siècles, avaient souffert de la servitude [19] » devra attendre 1848 pour sortir de la très grande nuit de la déshumanisation et deviendra dès ce mois d’avril 1848, la nouvelle cohorte des travailleurs précaires n’ayant d’autre choix que de continuer à travailler sur les plantations de leurs anciens maîtres. 
    Pourquoi certains des historiens oublient ils aussi que la traite transatlantique n’a rien à voir avec la traite transsaharienne, tout comme la mise en esclavage n’a rien à voir avec l’esclavage pratiqué en temps de guerre ou avec les formes contemporaines de l’esclavage ? 
    Vouloir réduire les effets et les conséquences de l’un, en vue de rendre plus acceptable ce crime contre l’humanité ou de ramener l’un à l’autre, revient à participer à l’entreprise de colonialité du savoir et à maintenir le pouvoir dans son racisme structurel et institutionnel. Nous sommes loin d’une nécessité de libération de l’aliénation. Ils participent, malheureusement à la subjugation des citoyens, arme favorite des pouvoirs pour se maintenir, à moindre effort, en place. 
    Au regard de l’instrumentalisation de la mémoire, voire du négationnisme, qui entoure la traite transatlantique et la mise en esclavage, on ne peut qu’adhérer à l’affirmation de Pascal Blanchard, « la mémoire sans histoire, c’est une catastrophe [20] ». 
    C’est pour cela que l’inauguration d’une ‘Fondation Esclavage et Réconciliation [21] suscite quelques questionnements ? 
    En filigrane, on peut voir la référence faite aux commissions « Vérité et Réconciliation » qui ont tenté de négocier les crimes de l’apartheid au nom d’une idéalisation de la nation arc en ciel. Mais il y avait au moins l’impérieuse nécessité de se confronter à son bourreau avant de passer à la construction d’une possible réconciliation. L’Afrique du Sud est elle parvenue à la réconciliation entre les deux mémoires de l’apartheid, celle des trop nombreuses victimes et celle de ceux qui ont perpétré ce crime basé sur la violence de la ségrégation raciale ? 
    La ‘Fondation Esclavage et Réconciliation’, qui s’est constituée à l’initiative du CM98 [22], des associations citoyennes », dont « Tous créoles [23] », « des personnalités, des entrepreneurs et intellectuels originaires de l’Outre-mer, présente ses membres comme descendants d’esclaves [24], de colons [25], d’engagés indiens [26] et a décidé « de s’engager dans une démarche déterminée de Réconciliation ».
    Pour ‘Tous créoles’, que signifie la volonté de définir la population des Antilles par « communauté créole antillaise » ? N’est ce pas l’utilisation d’une expression qui masque la volonté de contrôler et d’assurer la direction politique des composantes de la société ? Faisant cela, les animateurs de ces associations et fondations, ainsi que le précise Michel Giraud, orientent les appartenances ethniques, culturelles et linguistiques afin qu’elles deviennent seulement « une représentation généalogique de l’identité [27]
     ». Mais n’est ce pas tout simplement une façon de procéder au blanchissement mental d’une société qui pourrait construire de l’en-commun pour peu que les lignes d’identité ne soient pas utilisées à des fins de domination ?
    Que représente le fait d’amalgamer descendants d’esclaves, colons, engagés indiens ? Cela revient à considérer que les éléments de la racialisation basée sur l’afrophobie, à laquelle s’ajoute, dans certains territoires, l’islamophobie, doivent être ignorés, mieux, mis sous le tapis, non pas de la part de ceux qui dominent mais de la part de ceux qui sont dominés. On est en plein dans une entreprise d’assimilation et d’intégration basée sur l’instrumentalisation du multiculturalisme.
    Ce même jour, dans le jardin du Luxembourg ont été annoncées deux créations, l’une concerne une Fondation pour la mémoire de l’esclavage, de la traite et des abolitions ; cette fondation donnerait au Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, une possibilité de trouver un prolongement ; en effet, le Président affirme qu’il « a vocation à se transformer dans une Fondation pour la mémoire de l’esclavage, de la traite et des abolitions. Le Comité deviendra son conseil scientifique [28] ». La mission de préfiguration sera présidée par Lionel Zinzou [29]
    Signalons que les mis en esclavage durant la traite transatlantique n’ont pas été uniquement capturés au Bénin…
    L’autre, l’ouverture d’un musée sur l’esclavage à la demande de quatre organisations, dont le CRAN [30], SOS-Racisme, la LICRA [31] et le CRIF [32], il y en a certainement d’autres mais dans les communiqués de presse, elles n’apparaissent pas ? Avant de s’en réjouir on doit s’interroger sur l’histoire qui y sera racontée et sur la scénographie adoptée.
    Ce musée sera t il uniquement dédié à la traite négrière transatlantique, qui a la particularité d’être un rouage de l’accumulation du capital, et à la mise en esclavage ou bien les esclavages transsaharien et européen –« qui n’ont jamais pu extraire de leurs captifs une plus value comparable à celle qui s’obtint avec le nouveau monde [33] »- viendront ils tempérer l’horreur de ce crime contre l’humanité, unique par son ampleur et par sa durée, qui frappa douze millions de personnes et les continents de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique, du nord au sud, par la seule volonté prédatrice de l’Europe ?
    Il est fort à parier que seront organisés des amalgames dans le seul but de cacher les responsabilités européennes, dans une tentative déclarée « de mieux comprendre le passé pour construire l’avenir » afin de « construire un récit commun [34]
    Que viennent faire, dans ce projet, des organisations [35] dont l’objet affiché et sans cesse revendiqué n’a jamais été la défense des Afro descendants, des Africains racisés victimes d’afrophobie et d’islamophobie ?
    Cette tentative de rapprochement ne peut faire oublier leur position, lors de la conférence internationale de Durban sur le racisme, la xénophobie, la discrimination raciale et l’intolérance associée ; leur opposition, lors de la rédaction de la Déclaration et du plan d’action de Durban [36], à toute mention des réparations ; ce qui a été facilité par l’incurie des Etats, d’une part, à faire histoire commune sur la traite négrière, la mise en esclavage, la colonisation et le colonialisme et d’autre part, à trouver une voie pour réparer [37] les erreurs du passé.
    On peut, dès lors, s’interroger sur ces relations entre toutes ces organisations ; certes, elles ne sont pas nouvelles, dès 2010, Mediapart attirait l’attention sur un accord trouvé entre la LICRA [38] et le CRAN [39] et Brice Hortefeux, alors ministre du gouvernement. Ces mêmes organisations se sont encore rencontrées, au moment du mariage pour tous [40]
    Il est curieux de considérer que de l’en-commun puisse être construit en mettant ensemble les descendants de victimes et les descendants des bourreaux, ou en essayant de faire passer, par le même filtre, la question de la mémoire à propos des deux crimes majeurs des siècles précédents. On est encore plus étonné de voir prise, toujours en ce jour du 10 mai, la décision de créer deux commissions d’historiens « sur des sujets sensibles [41] », l’une [42] « à propos des événements qui avaient agité les Antilles comme l’on disait, en 1959, en 1962 et en 1967, pour qu’on puisse tout connaître [43] de ces événements », l’autre [44] « à propos de ces enfants de la Réunion qui furent placés, que dis-je, déplacés dans l’Hexagone et qui demandent à leur tour justice à la République ».
    Etonnée, car les raisons de ce que le Président identifie comme ayant « agité les Antilles », n’ont jamais été sérieusement étudiées, pas plus d’ailleurs que les conséquences. Tout cela est passé sous silence dans le récit national. Informé du fait que les archives relatives à ces tragiques événements et en particulier à ceux de mai 1967, pour l’heure classées « secret défense », vont être déclassées en 2017, le président a t il voulu prendre les devants et assurer un récit « policé » d’un acte de violence d’Etat qui a vu plus de 100 personnes être assassinées [45] dans les rues ? Ce qui a mis le feu à la Guadeloupe est un acte de racisme racialisant [46] ayant touché une personne racisée, handicapée et pauvre.
    La seconde commission porte sur les quelque 1600 enfants réunionnais, abandonnés ou non [47], déportés en France, sous la responsabilité de Michel Debré, alors Préfet de la Réunion, se sont vus dépossédés d’eux-mêmes « par des puissances hégémoniques qui perpétuent les formes de l’oppression coloniale [48] ».
    Jusqu’à aujourd’hui, il y a une réelle difficulté à écouter des récits d’une déshumanisation de Réunionnais au prétexte de les faire accéder les enfants à une meilleure vie. Leur déportation ne fait elle de sens avec celle vécue par des millions de personnes déportées de leur continent ? Cette violence d’un acte illégal n’aura comme écho, dans l’enceinte parlementaire, que le vote d’une résolution [49] proposée par le groupe socialiste. Elle n’a de visée que mémorielle, loin de la reconnaissance d’un crime commis par l’État français en violation des droits de l’enfant identifiés par la Convention internationale des droits de l’enfant [50], même si cette dernière a émergé plus de 20 ans après la déportation de ces jeunes Réunionnais.
    Ces deux commissions concernent des actes commis par l’État, ne serait il pas temps d’interroger la responsabilité de l’État plutôt que de vouloir, une fois encore privilégier le mémoriel face à l’élaboration d’un récit national assumé ?
    Plus rien n’étonne, nous sommes à l’heure des mensonges, des arrangements et des réécritures. L’arrogance domine. Rappelons nous de la réaction de David Cameron, lors de sa visite à la Jamaïque [51], alors qu’interviewé par un journaliste anglais, il affirmait que « this is about the future relationship and about what we should be doing together economically in terms of trade and investment and this significant infrastructure fund I am announcing which will make Britain the biggest bilateral donor in the Caribbean by quite a long way. So that is what the visit is about, it’s talking about the future [52]” alors que la CARICOM [53] avait officialisé sa démarche légale en réparations [54] contre la Grande Bretagne, la France et les Pays Bas.
    De quel futur peut il s’agir, lorsque les États anciennement colonisateurs continuent d’avoir une attitude d’oubli et de condescendance ?
    Mais aussi quel futur pour les personnes d’ascendance ou d’origine africaine dans les pays où ils vivent, alors que les États, face aux problèmes sociaux et économiques qu’ils traversent et à l’impossibilité du pouvoir d’y répondre de manière adéquate, essentiellement par refus politique, utilisent des courroies de transmission pour rendre plus acceptables des politiques étatiques se proposant de relayer une idéologie et affichant l’idée qu’il y a une seule et unique bonne façon de traiter de la question de la mémoire, et qu’il y a de bons et de mauvais citoyens ? Et l’on nous parle de vivre ensemble, de faire monde mais « celui qui hésite à me reconnaître » ne s’oppose » t il pas « à moi [55] » ?
    Il est fort à parier que certains seront, bientôt, au vue de ces amalgames culpabilisants, déclarés ennemis de la république, au prétexte du refus exprimé d’entrer dans ce grand fourre-tout constitué, unilatéralement, par la « communauté créole antillaise » et par la communauté prête à s’arranger avec la mémoire en vue d’une supposée réconciliation. Ils seront accusés de ne pas respecter les principes basés sur la relation dominant/dominés. Tout comme seront déclarés inaptes au vivre ensemble ceux qui s’élèvent contre une mémoire aseptisée et contrôlée.
    Vouloir considérer qu’aux Antilles tout se réduit à la créolité revient à ne toujours pas reconnaître sa place aux descendants d’esclaves, pas plus qu’aux descendants des peuples indigènes, qu’on les appelle Kalinas, Tainos, Arawaks ou Indiens caraïbes. Vouloir faire entrer les mémoires dans le même cadre revient, une fois encore, à conforter les structures de l’invisibilité dont sont victimes les Afro descendants et les Africains partout dans le monde.
    Cette volonté de faire égaux par le gommage des différences pour que ne reste plus que l’aspect le plus policé, dans lequel les blancs, qu’ils soient descendants des propriétaires d’esclaves ou blancs venus, ainsi qu’ils le disent, de la métropole, peuvent se reconnaître et exister, oblige ceux qui sont de l’autre côté de l’histoire à la gommer, ou en tout cas à la ‘romantiser’ pour que ne reste que les aspects aptes à être scénarisés lors de parcours touristiques.
    Il s’agit, et avec la meilleure volonté du monde, d’une nouvelle violence faite à la mémoire de nos ancêtres. Il s’agit, ni plus ni moins, de continuer à maintenir « les spectateurs écrasés d’inessentialité [56] ».
    L’histoire n’est pas finie et se répète, avec quelques variations, inlassablement. Les dominés, structurellement et institutionnellement, sont traités de la même façon, nos sociétés n’ayant pas cessé de se référer à l’idéologie qui a conduit à classer les êtres humains à partir du concept scientifiquement faux de race. Les inconscients collectifs sont si profondément marqués par cette croyance, qu’il faudrait plus qu’une réconciliation pour changer le paradigme de la domination raciale.
    S’il ne s’agit pas de se confronter à son bourreau, il s’agit de se confronter à l’histoire telle qu’elle s’est écrite au cours de ces quatre siècles et de n’en tolérer aucune digression, amoindrissement, réécriture, au prétexte qu’il faut passer à autre chose les mis en esclavage par la force étant tous libérés depuis longtemps. Ce sera réalisé, ainsi qu’annoncé dans le communiqué de lancement de la Fondation Esclavage et Réconciliation, en « développ(ant) des sociétés solidaires, dynamiques et non conflictuelles pour les générations futures » ; pour cela « la fondation s’attachera à accompagner les initiatives généalogiques, éducatives et culturelles (…), à amplifier les travaux historiques anthropologiques, culturels et cinématographiques (…) et à promouvoir un tourisme mémoriel (…) » [57].
    Il y a un total silence sur les politiques racialisantes mises en place par le pouvoir qui font que les racisé-e-s ne peuvent sortir de cette assignation. Il y a une totale méconnaissance de la Résolution [58] de l’ONU lançant la Décennie internationale pour les personnes d’ascendance africaine qui, ainsi que le confirme le Secrétaire général de l’ONU, " sont parmi les plus touchées par le racisme » et qui « trop souvent, (…) font face au déni des droits fondamentaux tels que l’accès aux services de santé de qualité et à l’éducation [59]. "
    Peut on parler de réconciliation alors qu’il n’y a aucune reconnaissance historicisée publique de cette tragique histoire, aucune reconnaissance de la situation de précarité et de dangers dans laquelle se trouvent les personnes d’ascendance africaine, violence policière, enfermement de masse, délit de facies… ? Peut on parler de réconciliation alors que rien n’a été organisé pour que les formes du colonialisme cessent d’être appliquées à la place de la sociabilité ?
    Il faut relire Frantz Fanon qui engage le colonisé à s’arracher à tout ce qui le relie au colonialisme, or il est malheureux que nombre d’initiatives n’ont pour objectif que d’engluer encore plus le dominé dans une situation qui le maintient sous la férule du colonialisme.
    Il faut cesser de mettre en place des tentatives d’évitement, d’invisibilisation de cette période, auxquelles doivent être ajoutées les situations d’invisibilisation dont est victime la grande majorité des personnes d’ascendance africaine ? N’est ce pas toujours retarder la remise à l’endroit de ce qui a dérangé l’ordre du monde, entre autres en transformant le continent africain, alors vaste espace transnational de circulation, en un espace d‘enfermement caractérisé par les frontières et les camps ?
    La reconnaissance ne peut se réaliser que par la remise à l’endroit de l’ordre dérangé par la violence coloniale.
    Le fait d’avoir mis sur le même plan « esclavage » et « réconciliation » indique une orientation qui revient à faire porter aux victimes le poids de cette réconciliation. Il est curieux de constater que pour les crimes coloniaux, ayant pour ligne organisatrice l’usage de la « race » comme moyen de domination, c’est toujours aux victimes de se réconcilier avec leurs bourreaux, alors que, pour d’autres commissions de crimes, la justice passe avant une possible réconciliation.
    Dans cette équation, la dynamique de la responsabilité/culpabilisation n’a pas changé, ainsi il n’y a pour les dominants aucun risque que « les derniers deviennent les premiers [60] ».
    Ce qui étonne à la lecture des constats et des objectifs de cette nouvelle Fondation, c’est qu’il y est question de « mémoire conflictuelle de l’esclavage ».
    Non, cette mémoire n’est pas conflictuelle.
    Elle demande juste à être identifiée, reconnue, analysée, aussi bien sur les plans historiques, sociaux, économiques que juridiques et politiques afin que soient reconnues les nombreuses conséquences dévastatrices qui continuent d’affecter les personnes d’ascendance africaine, avec en premier lieu une afrophobie [61]
    qui vient les racialiser sur la base de la pigmentation de leur peau, de la nature de leurs cheveux, de l’épaisseur de leurs lèvres ou de la forme de leur nez, ce qui les marginalise, les exclut, les stigmatise et les laisse à côté, sans jamais pouvoir faire partie de, et encore moins sans jamais pouvoir briser le plafond de verre [62] auquel elles viennent se cogner.
    Le pouvoir rend la mémoire conflictuelle lorsqu’il refuse que soit écrite l’Histoire et qu’il accepte, sans vergogne, de la transfigurer pour la faire adhérer à ses projets de domination.
    Dès lors, les Afro descendants n’ont d’alternatives que de revendiquer le droit à résister à ce projet porté par la « Fondation Esclavage et Réconciliation » -initiative privée- et par ses alliés, tout comme à celui annoncé le 10 mai, dans l’enceinte du jardin du Luxembourg [63] concernant la « Fondation mémoire et esclavage » -initiative publique- ou alors y a t il des ponts prévus entre ces deux décisions ? et à celui portant sur un musée de l’esclavage.
    Peut on, conceptuellement et politiquement, adhérer au projet d’un musée, « la plupart des tentatives visant à mettre en scène l’histoire de l’esclavage transatlantique, dans les musées existants, ont brillé par leur vacuité » ainsi que le précise, avec clairvoyance, Achille Mbembé [64] ; il poursuit en précisant que dès lors que « l’esclave entrerait dans un musée tel qu’il existe de nos jours, alors le musée signerait sa propre fin et il faudrait, en l’occurrence, le transformer en quelque chose d’autre (…) » .
    Oui, « le colonisé qui résiste a raison [65] », tant que son humanité ne sera pas pleinement, et sans condition, reconnue.
    A cela doit s’ajouter l’obligation de la construction d’une mémoire historique commune sur les faits réels, argumentés et documentés. Ces éléments sont les seuls à même de construire de l’en-commun, ce qui ne peut passer que par la volonté politique de remettre à l’endroit ce qui a été dérangé par la traite transatlantique, la mise en esclavage, la colonisation et le colonialisme.
    C’est bien ce qu’attendent les millions d’Afro descendants et d’Africains partout dans le monde [66], à savoir que soient mises en place les conditions de « la création d’hommes nouveaux », sachant comme le souligne Frantz Fanon que « la chose » colonisée devient homme par le processus même par lequel elle se libère (…) [67] ». Cela ne pourra advenir que si les États, tous les États, et les institutionnels décident formellement de mettre en place le paradigme de la reconnaissance.
    C’est ce que font les paysans guadeloupéens, descendants d’esclaves et descendants des Kalinas, qui revendiquent, par une procédure judiciaire [68], le droit à la souveraineté sur les terres n’ayant jamais appartenues aux colons, n’oublions pas que le droit de propriété ne vaut que s’il a été acquis légalement, par vente libre, alors que l’acquisition des biens d’autrui par la violence armée est un crime. Ils demandent que soient réellement instaurées les conditions d’une justice réparatrice.
    10 Mai 2016
     
    English version
    The future of the world cannot ignore the history of enslavement
    Mireille fanon Mendes France
    Frantz Fanon Foundation
    UN Expert
    The month when engagement in the memory of what happened under enslavement has arrived, with 10 May chosen by States as the reference date. Each year, this period carries its share of commemorations, declarations and taking of decisions.
    This year, 2016 is no exception to the need to put words to the evil and inextinguishable suffering since the ideology hat led to this worst of crimes against humanity has never been questioned : is it not expressed today in the form of a financial and military globalisation which treats the people and populations as mere structural adjustment variables ?
    This crime against humaity, inaugurated by the transatlantic slave trade, snatched by force an unprecedented number of men, women and children from their villages, towns and their continent. To took place over the longest historic time, from the the outbreak of the era of Enlightenment to the start of the modern industrialisation, and involved all continents. Slavery legalised the dehumanisation of millions of human beings, and which resulted in the introduction of colonialism as a means of plundering an entire continent, from south to north.
    For all their crimes committed, be they crimes against humanity that slavery constituted, the extermination of indigenous people who lived in these territories in which the first settlers arrived, be they war crimes carried out by the colonial armies to maintain their power in the countries over which they claimed sovereignty, the former slave powers or colonialists have arranged international law to suit their and have not ceased the destruction where it serves their interests. Thus is fulfilled the coloniality of power which continues to inhabit the interstices of the dominant powers.
    The international community, desirous of a structure that can ensure universal international justice in cases where the national jurisdiction refuse or are not able to assume such a role, have arranged, between themselves, so that the International Criminal Court is able to exercise « jurisdiction only with respect to crimes committed after the entry into force of this Statute [69]”, and above all so that there is no recognition of the crimes committed in the transatlantic slave trade, in enslavement, colonization nor in colonialism. With respect to the war crimes committed by France [70], the latter has accepted to sign the Rome Statute in playing games around the meaning of Article 124 [71]
    .
    Thus the colonial and imperialist powers bought for themselves a rout that exempted them of crimes committed against humanity, which included the extermination of indigenous people, enslavement, racial segregation, war crimes committed during the colonial period … to name but a few.
    France can, without the least trouble, declare itself the leading country in the defence of human rights, the United States describe itself as the the largest democracy, and of course in its wake, State of Israel can affirm be the only democracy in the Middle East !
    Nobody can speak up against such falsehoods for risk of politcal allies, intellectuals and the media rising up and shouting that such statements are lies, that they are destructive of coexistence and social cohesion, and even promote terrorism. In conclusion, these paragons of democracy eventually essentialize those who denounce such claims as denouncing the enemies of the values of the republic. A lie more or less !
    But what exactly are we talking about ? This black-out and occult memory, this memory re-written to suit the objectives of those who are dominant, is to transform historical facts, to wipe out collective memory and erase them from the public space. In a word, that which the partisans propose as a ‘sanitized’ and history just feeds the national narrative, this is to live in a schizophrenic world. Anything that disturbs the order of domination, that brings back historical truth must be lobotomized.
    We have to worry when no agreement can be found for a common date on which to remind French people about the horror that constituted the transatlantic slave trade, enslavement, colonization and colonialism.
    We have to worry that during the inauguration of the memorial against enslavement, to discover at the opening in the Luxembourg Gardens, that it is reduced to two rings rising towards the sky. Is all that what the twelve million people deported and enslaved are worth ?
    We have to worry when in the national narrative, Victor Schoelcher is presented as the craftsman of abolition. Is there no historian who has gone to search in the archives the debates of the decree of 1848 [72] ? Let us not forget that some years before this definitive abolition, Schoelcher, that great Vicor, whose body lies in the Pantheon [73], wanted a delay of 60 yeas before restoring the humanity of human beings who had been bereaved by the violence, for he did not see « more than anyone else the need to infect current society with millions of brutes decorated with the title of citizen »
    He returned to this position but uniquely pushed by Cyrille [74], a Martiniquan, who had fought for abolition well before Schoelcher. There again, there is cause for worry when the national narrative weighs down the fundamental role played by a Mariniquan citizen in favour of a white citizen who had capitulated on the compensation of the victims of slavery, for it was more about « saving the masters than emancipating the slaves » This was the position confirmed by the Minister of the Economy [75] at the time, Hippolyte Passy, « what is needed is the restoration of credit which [the colonists] lack. This is the first of the colonial necessities that must be fulfilled. It is credit which, alone, gives to the colonies life and activity » Thus a compensation was « assigned to the owners of slaves [76] without reparations for the consequences of the mass crime … This was to reinforce white domination in the colonies and to provide new ways for industrial and finacial capitalism [77]. »
    But this principle that requires that the victim pays the price of their alienation and of their enslavement is not new : since 1825, Haiti has not paid off during 200 years its debt [78] as payment for independence. Later, have not the newly liberated states from colonial rule had to pay a form of colonial tax, which under the current form of the colonial pact [79], yet requires 14 countries [80] to submit to a number of commitments ?
    And so, yes, we should be worried for this loss of memory, for all the signs which are manifested, despite the great denials, despit the references to human rights, and despite the historical amalgams, the permance of the coloniality of power and of knowledge, to the point that in certain French cities, in the same public square, but at opposite corners, there is on one side organised commemoration of the victory of 8 May 1945 and on the other, that of the massacre of Sétif [81]. The two faces of the same army who also killed in Madagascar [82] ! 
    Therefore, nothing is surprising, when historians [83], some assume to be from the transatlantic slave trade, say they are against a society in which citizens are treated differently. Certainly, one can only agree with this principle ; but they forget that in 1789, at the time of the first Constitution, thousands of French citizens were still considered only as furniture ?
    They will have to wait for 1794 [84] so that the first abolition opens the doors to the beginning of citizenship. Bonaparte, furious over having troubles in Santo Domingo, reintroduced slavery in 1802 [85]. "The innumerable cohorts of all those oppressed who, for centuries, had suffered from bondage [86]" until 1848 will leave the vast night of the dehumanization and will soon this April 1848, the new cohort of precarious workers who have no choice but to continue working on the plantations of their former masters.
    Why do some historians also forget that the transatlantic slave trade has nothing to do with the trans-Saharan trade, just as enslavement has nothing to do with slavery practiced in times of war nor withcontemporary forms of slavery ?
    To want to reduce the effects and consequences of one, to make more acceptable this crime against humanity or make one equivalent to the other, is to participate in the business of the coloniality of knowledge and to maintain power in racism, both structural and institutional. We are far from a necessity for liberation and from alienation. Those historians participate, unfortunately, in the subjugation of citizens, the favourite weapon for keeping power in place , with less effort.
    With regard to the instrumentalization of the memory or the denial that surrounds the transatlantic slave trade and enslavement, one can only agree with the assertion of Pascal Blanchard, " memory without history is a catastrophe [87] ".
    This is why the inauguration of a ‘Slavery and Reconciliation Foundation [88] raises some questions ?
    Implicitly, we can see the reference made to the « Truth and Reconciliation » Commissions which attempted to negotiate apartheid crimes in the name of the idealisation of the Rainbow Nation. But, there was at least the urgent necessity to confront their tormentors before passing on to constructing a possible reconciliation. Has South Africa reached a reconciliation between two memories of apartheid, those of the numerous victims, and those of the ones that perpetrated these crimes based on the violence of racial segregation ? 
    The ‘Slavery and Reconciliation Foundation’ which comprised « at the initiative of CM98 [89]
    of citizen associations whose « Tous Creoles », « some personalities, entrepreneurs and intellectuals of overseas origin », present their members as descendents of enslaved [90], of settlers and masters of enslaved [91], indentured Indians [92], and decided « to engage in a particular approach to Reconciliation »
    Does « Tous Creoles » mean the desire to define the population of the West Indies as « Caribbean creole community » ? Is not the use of an expression that masks the wish to control and reassure the political leadership the composition of society ? Doing that, the leaders of these associations and foundations, as stated by Michel Giraud, guide the ethnic, cultural and linguistic affiliations so that they become only a « geneological representation of identity [93]
     ». But is this not all simply a way to proceed with a mental whitening of society which could construct something in-common for not much more than the lines of identiy that are not used for the purposes of domination ? 
    What does the amalgamation of the descendents of slaves, settlers and indentured indians represent ? This means considering the elements of racialisation based on afrophobia, to which one could add in some territories, islamophobia, should be ignored, or better still, swept under the carpet, not by those who dominate, but by those who are dominated. We are in the middle of an enterprise of assimilation and integration based on the instrumentalisation of multiculturalism. 
    On the same day, in the Luxemburg Gardens, the opening of a museum on slavery has been announced at the request of four organisations, including CRAN, SOS-Racisme, LICRA [94] and CRIF, and there are certainly others but in the press statements, they don’t appear. Before rejoicing, one should question the hi/story that will be told and the scenario that will be adopted. 
    Will this museum be uniquely dedicated to the transatlantic slave trade and the enslavement or will it be the trans-Saharan and European slave trade and slavery that will temper the horror of this crime against humanity, unique in its scope and duration, which struck twelve million people, by the predatory desire of Europe, the continents of Africa, Asia and America, from north to south ?
    It is very likely that will be organized as a mixture for the sole purpose of hiding European responsibilities, in a declared attempt "to understand the past to build the future" in order to "build a common narrative [95]".
    What will these organisations [96] come to do in this project, whose stated and constantly claimed objective has never been the defence of Afro descendants, racialized Africans that are the victims afrophobia and Islamophobia ?
    This attempt at reconciliation cannot make us forget their position at the international conference in Durban on racism, xenophobia, racial discrimination and related intolerance ; their opposition during the drafting of the Declaration and the Plan of Action of Durban [97]l, to any mention of reparations ; which was facilitated by the lack of interest of certain States, on the one hand, to make common history of the slave trade, enslavement, colonization and colonialism and on the other hand, to find a way to repair [98] past errors.
    One can, since then, question the relationship between all these organisations. For sure, they are not new. Since 2010, Mediapart drew attention to the accord between LICRA and CRAN [99], and Brice Hortefeux, then minister in government. These same organisations have yet encountered, at time of marriage for all [100].
    It is curious to consider that the in-common can be constructed by putting together the descendants of victims and descendants of the executioners, or trying to pass through the same filter, the question of memory about the two major crimes of previous centuries.
    But nothing surprises, we are at the time of lies, arrangements and rewrites. The arrogance dominates. Recall the reaction of David Cameron, during his visit to Jamaica [101]5, then interviewee by an English journalist, he said that "this is about the future relationship and about what we shoulds be doing together economically and in terms of trade and this significant investment infrastructure fund I am Announcing qui will make Britain the biggest bilateral donor in the Caribbean by quite a long way. So That Is what the visit is about, it’s talking about the future [102]"while CARICOM [103] had formalized its legal approach on reparations [104] against Britain, France and the Netherlands.
    Of what future can there be, when the states, formerly colonizers, continue to have an attitude oblivion and condescension ?
    But what future for people descent or African origin in the countries where they live, so that States, face to the social and economic problems they are going through and the inability of power to respond so adequate, mainly by political refusal, using transmission belts to make more acceptable state policies intending to convey an ideology and displaying the idea that there is a single right way to address the issue of memory, and that there are good and bad citizens ? And it tells us to live together, to the world, but "the one who hesitates to recognize me" does not he oppose to me [105] " ?
    It is a safe bet that some will be soon, in view of these amalgams feeling guilty, declared enemies of the republic, on the pretext of expressed refusal to enter into this large tote made unilaterally by the "Caribbean Creole community" and the community ready to make arrangements with the memory for a supposed reconciliation. They will be, then, accused of not respecting the principles based on the relationship dominant / dominated. As will be declared unfit to live together those who rise up against a sanitized and controlled memory.
    To want to consider in the West Indies, everything is reduced to creolity means not always recognize place to the descendants of slaves, nor to descendants of indigenous peoples, called Kalinas, Taino, Arawak and Carib Indians. Wanting to bring the memories back in the same frame, once again, is to reinforce the structures of invisibility experienced by Afro descendants and Africans all over the world.
    This willingness to make equal by the gumming of differences, so that remain only the most civilized aspect, in which the whites, wether they are descendants of slave owners or whites came, as they say, from the metropolis, can recognize themselves and exist, forces those on the other side of the history to erase, or at least to ’romanticize’ that leaves only the aspects able to be scenarized during tourist itineraries .
    This is, and with the best will in the world, a new violence in memory of our ancestors. This is neither more nor less, to continue to maintain "the spectators crushed by inessentiality [106]".
    The story is not over and is repeated, with some variations, tirelessly. Dominated, structurally and institutionally, are treated in the same way, our societies have not ceased to refer to the ideology that led to classify humans from scientifically false concept of race. The collective unconscious are so deeply affected by this belief, it would take more than a reconciliation to change the paradigm of racial domination.
    If it is not to confront with his executioner, it is to confront with history as it was written during those four centuries and not to tolerate any digression, lessening , rewriting, on the pretext that we must move on ; the enslaved by force all being released long ago. This will be achieved, as announced in the press launch of Slavery and Reconciliation Foundation, in "develop (ing) supportive societies, dynamic and non-confrontational for future generations" ; it is why "the foundation will work to accompany genealogical, educational and cultural initiatives (...), to amplify the anthropological historical works, cultural and film (...) and to promote memorial tourism (...) [107] ».
    There is total silence on racialising policies implemented by the government that make racialized cannot get out of this assignment. There is a total disregard of the UN resolution [108] launching the International Decade for People of African descent who, as confirmed by the UN Secretary General, "are among the most affected by racism" and "too often, (...) face the denial of basic rights such as access to quality health services and education [109]."
    Can we talk about reconciliation when there is no public historicised recognition of this tragic history, no recognition of the situation of insecurity and danger in which are people of African descent : police violence, mass imprisonment, racial profiling… ? Can we talk about reconciliation when nothing has been organized so that the forms of colonialism cease to be applyed in place of sociability ?
    We must read again Frantz Fanon who engages the colonized to drag away from 
    all that connects him to colonialism, or it is unfortunate that many initiatives have only for aim by to further ensnare the dominated in a situation that keeps him under the rule of colonialism.
    We must stop to implement evasive attempts, invisibility of this period, at which must be added the situations of invisibility suffered by the vast majority of people of African descent ? Is not it always delay the returned to the place of what has disturbed the world order, including by transforming the African continent, so large transnational circulation space in an enclosure space characterized by borders and camps ?
    The recognition can only be achieved by the returned to the place of the disturbed order by colonial violence.
    The fact of having put on the same level "enslavement" and "reconciliation" indicates a direction which amounts to making carry to the victims the weight of this reconciliation. It is curious to note that for colonial crimes, having for organizing line the use of "race" as a means of domination, it is always to the victims to reconcile with their abusers, while for other commissions of crimes, justice comes before a possible reconciliation.
    In this equation, the dynamic of responsibility / culpability has not changed, so there is no risk to the dominant that "the last become the first1 [110]."
    What amazes in reading the findings and objectives of this new Foundation, is that there is matter of "conflicting memory of slavery/enslavement."
    No, this memory is not conflicting.
    It just needs to be identified, recognized, analyzed, both on historical, social, economic, legal and political plans, so that be recognized the many devastating consequences that continue to affect people of African descent, with firstly afrophobia [111] that just racialize them on the basis of pigmentation of their skin, the nature of their hair, the thickness of their lips or shape of their nose, which marginalizes, excludes, stigmatizes and leaves to side, never able to be part of, much less without ever breaking the glass ceiling [112] which they come banging.
    The power produces the conflicting memory when it refuses to be written history and agrees, shamelessly, to transfigure it to adhere to its domination plans.
    Therefore, African descendants have no alternative but to claim the right to resist this project supported by the Slavery and Reconciliation Foundation and its allies and the one on a museum of slavery/enslavement, "the colonized resisting is right [113]" as long as his humanity will not be fully and unconditionally recognized.
    This is what is expected by the million African descendants and Africans all over the world [114], that to be in place the conditions for "the creation of new men [115]," knowing as Frantz Fanon points out that " the thing "colonized becomes man by the same process by which it is freeded (...) [116]". This can only happen if the states, all states, and institutional formally decide to implement the paradigm of recognition.
    This is what the Guadeloupean peasants, descendants of slaves and descendants of Kalinas, claiming, through a judicial procedure [117], the right to sovereignty over land never belonged to settlers ; do not forget that the right on property is only valid if it was acquired legally by prescription, while the acquisition of property belonging to other by armed violence is a crime. They ask that the conditions for a restorative justice to be true established.
    May 10, 2016


    [1Article 11, Compétence ratione temporis, Statut de Rome de la CPI
    [2Introduisant une exception qui permet à un Etat de refuser la compétence de la CPI pour des crimes de guerre pendant une période de 7 ans. En obtenant cette réserve lors des négociations, en 1998, la France, seul pays avec la Colombie, à avoir plaidé pour, se trouvait dans une position anormale. Cet état de fait a été annulé en août 2008.
    [3Article 124 Disposition transitoire : « Nonobstant les dispositions de l’article 12, paragraphes 1 et 2, un État qui devient partie au présent Statut peut déclarer que, pour une période de sept ans à partir de l’entrée en vigueur du Statut à son égard, il n’accepte pas la compétence de la Cour en ce qui concerne la catégorie de crimes visée à l’article 8 lorsqu’il est allégué qu’un crime a été commis sur son territoire ou par ses ressortissants. Il peut à tout moment retirer cette déclaration. Les dispositions du présent article seront réexaminées à la conférence de révision convoquée conformément à l’article 123, paragraphe 1.
    [427 avril 1848
    [5Le Sénat, un siècle après le décret d’abolition, prendra la décision de transférer son corps au Panthéon. C’est Gaston Monerville qui lira « (l)e texte de loi, bref et clair, qui consacrait l’immortalité de Schoelcher et d’Éboué, j’étais violemment ému. Je voyais surgir autour de moi, et monter, comme en une résurrection subite, la cohorte innombrable de tous ces opprimés qui, pendant des siècles, avaient souffert de la servitude, et qui, par ma voix devenue la leur, criaient en cet instant : Schoelcher a bien mérité de l’Humanité »
    [6Voir les notes de références citées par wikipédia ; https://fr.wikipedia.org/
    [7Hippolyte Passy, plusieurs fois ministre de l’économie, entre autres, dans le premier cabinet de Louis Napoléon Bonaparte (20 décembre 1848-31 octobre 1849). Rappelons que lors des débats portant sur l’abolition, il avait proposé une abolition graduelle de l’esclavage : liberté des enfants à la naissance et affranchissement par rachat
    [8Article 5 du décret 27 avril 1848 mis en œuvre par la loi n° 285 du 30 avril 1849
    [9« Quand le soleil se couche sur une cause légitime (…), l’aube qui se lève (…) est toujours une promesse de son accomplissement », Mireille Fanon Mendes France, paru sur le site de la Fondation Frantz Fanon, http://frantzfanonfoundation-fondationfrantzfanon.com/
    [10La dette a été acquittée jusqu’en 1952
    [12Depuis 1961, Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale, Gabon
    [13Les obligations issues du Pacte colonial sont :
    1. Les pays africains doivent déposer leurs réserves monétaires nationales en France où la banque centrale les gère 
    2. Chaque pays doit envoyer un rapport annuel en France sur le montant de son solde et de sa réserve
    3. Obligation d’utiliser le Franc CFA, reliquat de la France coloniale
    4. La France a le droit d’acheter toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex-colonies.
    5. Priorité est donnée aux intérêts et aux entreprises françaises lors de l’attribution des marchés publics 
    6. Les Africains doivent envoyer leurs officiers supérieurs en formation en France qui fournit aussi l’ensemble des équipements militaires 
    7. La France a le droit de pré-déployer des troupes et d’intervenir militairement pour défendre ses intérêts
    8. Les pays ont obligation de faire du français la langue officielle, y compris dans le secteur de l’éducation
    9. Le pays doit renoncer à entrer en alliance militaire avec tout autre pays, sauf autorisation de la France
    10. Le pays a l’obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale
    [14Selon les historiens, 15.000 morts à Sétif, Guelma, Kherrata et dans tout le Constantinois...
    [15Insurrections malgaches de 1947 et 1948, pendant lesquelles, selon les historiens, de 11 000 à 100 000 personnes furent tuées
    [16Je pense particulièrement à Frédéric Régent, https://vimeo.com/163954920?ref=fb-shar
    [17Loi du 4 février 1794, abolition partielle, la Réunion a tout fait pour la repousser et la Martinique l’a refusée
    [18Loi du 20 mai 1802 (30 floréal an X)
    [19Voir note 5
    [21’La Fondation n’a pas de site propre, l’annonce de cette création est relayée sur le site de « Tous créoles » et du « CM98 »
    [22Comité marche du 23 mai 1998
    [23« une soixantaine de personnes issues de toutes les composantes de la communauté créole antillaise : Noirs, Mulâtres, Indiens, Chinois, Békés, Syro-libanais, mais aussi des Métropolitains et des Africains ayant adopté depuis longtemps notre créolité comme démarche de vie et de pensée ». http://www.touscreoles.fr/presentation-de-lassociation/
    [24Serge Romana, Professeur de médecine, Président de l’association CM98 ; Serge Guézo, prince d’Abomey ; Marie-Josée Alie, Artiste, Journaliste ; Luc Laventure, Journaliste ; Frédéric Régent, Historien, voir note 10 ; Viviane Rolle-Romana, Psychologue ; Judes Galli, Chef d’entreprise ; Emmanuel Gordien, Médecin, Jean-Luc Cafournet, Chef d’entreprise, Daniel Marival, journaliste et chef d’entreprise
    [25Eric de Lucy de Fossarieu, Chef d’entreprise (voir le profil http://dirigeants.bfmtv.com/Eric-DE-LUCY-DE-FOSSARIEU-62738) ; Roger de Jaham (famille arrivée en Martinique en 1635) -voir son portrait : https://letelegrammoutremer.com/2012/04/13/roger-de-jaham-portrait-dun-martiniquais/) ; Bernard Hayot, chef d’entreprise, fondateur du Groupe Bernard Hayot (supermarchés, magasins de sport, de bricolage dans les DOM, en Nouvelle-Calédonie, au Maghreb, en Asie), 185e fortune de France
    [27La créolité : une rupture en trompe-l’œil [article] ; Michel Giraud, Cahiers d’études africaines Année 1997 Volume 37 Numéro 148 pp. 795-811
    [29économiste, banquier, homme d’affaires et ancien premier ministre du gouvernement , il a pris part en 2005 à la création d’une fondation présidée par sa fille, destinée à favoriser les activités artistiques et depuis 2015, il dirige AfricaFrance, intitiative lancée par la France et soutenue par le Quai d’Orsay et le MEDEF pour relancer les relations économiques entre la France et l’Afrique. http://www.rfi.fr/hebdo/20160325-benin-presidentielle-zinsou-erreurs-campagne…
    [30Conseil représentatif des associations noires
    [31Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme
    [32Conseil représentatif des institutions juives de France
    [33Achille Mbembé, politique de l’inimitié, Antimusée, p.155 et suivantes, Editions La Découverte, mars 2016
    [35La Licra et le CRIF
    [37Pierre Hazan, Juger la guerre, juger l’histoire. Du bon usage des commissions Vérité et de la justice internationale (Paris, PUF, 2007)
    [38Dans le cadre de la dernière assemblée générale de « Tous créoles », la LICRA vient de proposer d’ouvrir une antenne de son association aux Antilles, ce qui a été acté
    [42Dont le président est Benjamin Stora
    [43Le rapport devrait être remis à l’automne 2016
    [45Les principaux responsables de cette tragédie, commissaire Canalès, préfet Bollotte, Pierre Billotte, ministre de l’Outre-Mer, Christian Fouchet, ministre de l’Intérieur, Pierre Messmer, ministre des Armées, et surtout Jacques Foccart, alors secrétaire de l’Élysée aux Affaires africaines et Malgaches
    [46Le 20 mars 1967, Srnsky, un Européen, propriétaire d’un magasin de chaussures à Basse-Terre interdit à Raphaël Balzinc, cordonnier ambulant infirme, de passer sur le trottoir qui borde sa devanture, lâche sur lui son berger allemand « Dis bonjour au nègre ! ». Balzinc, renversé et mordu, est secouru par la foule, tandis que Srnsky, du haut de son balcon, nargue et invective les passants et même les policiers guadeloupéens qui sont accourus
    [47Lire, entre autres, l’article de Slate http://www.slate.fr/story/81217/pupilles-reunion-creuse mais aussi le livre de Valérie Magdelaine-Andrianjafitrimo , Les « déportés » de la Creuse : le dévoilement d’une histoire oubliée
    https://itineraires.revues.org/254
    [48Voir Valérie Magdelaine-Andrianjafitrimo, « Le “petit” Créole et le monde.
    [50Votée par l’Assemblée générale de l’ONU, le 20 novembre 1989
    [511er octobre 2015
    [53Antigua and Barbuda, The Bahamas, Barbados, Belize, Dominica, Grenada, Guyana, Haiti, Jamaica, Montserrat, Saint Lucia, St. Kitts and Nevis, St. Vincent and the Grenadines, Suriname et Trinidad and Tobago
    [54A l’issue d’un sommet de deux jours 10-11 mars 2014, quinze pays membres de la CARICOM ont acté dans un plan en dix points le fait de demander réparations aux nations européennes ayant pratiqué l’esclavage, la traite négrière et la colonisation
    http://www.sxminfo.fr/73898/12/03/2014/caricom-15-etats-de-la-caraibes-officialisent-leur-demande-de-reparation-au-titre-de-lesclavage-et-de-la-colonisation/#ixzz48j2cJOdP
    [55Frantz Fanon, Le nègre et la reconnaissance, Peau noire, masques blancs, éditions du Seuil, 1952
    [56Frantz Fanon, De la violence, Les Damnés de la terre, éditions Maspero, 1961
    [58Résolution 68/237, ayant pour objectif de promouvoir le respect, la protection et la réalisation de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales des personnes d’ascendance africaine, comme le prévoit la Déclaration universelle des droits de l’homme ; de promouvoir une meilleure connaissance et un plus grand respect de la diversité du patrimoine, de la culture et de la contribution au développement des sociétés des personnes d’ascendance africaine et d’adopter et de renforcer les cadres juridiques internationaux, régionaux et nationaux, conformément à la Déclaration et au Programme d’action de Durban et à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, et de veiller à les mettre en œuvre intégralement et effectivement ; http://www.un.org/fr/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/68/237 http://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/69/16&referer=/english/&Lang=F
    [59Intervention de Ban Ki Moon, lors de la Journée internationale des Nations Unies pour le souvenir de la traite négrière et de son abolition, lundi, 24 Août 2015
    [60Voir note 56
    [61Lire à ce sujet, le rapport réalisé par ENAR (European network against racism), Afrophobia in Europe-ENAR shadow report 2014-2015 ; http://www.enar-eu.org/Launch-of-ENAR-s-2014-15-Shadow-Report-on-Afrophobia-in-the-European-Union
    [62Voir à ce propos le documentaire « Trop noire pour être française », Isabelle Boni-Claverie, http://www.boniclaverie.com/
    [63Voir note 28
    [64Achille Mbembé, politique de l’inimitié, Antimusée, p.155 et suivantes, Editions La Découverte, mars 2016
    [65Frantz Fanon, Ecrits sur l’aliénation et la liberté, page 445, Editions La Découverte, 2015
    [66Voir le mandat du groupe de travail d’experts de l’ONU sur les personnes d’ascendance africaine,http://ohchr.org/EN/Issues/Racism/WGAfricanDescent/Pages/WGEPADIndex.aspx
    [67Voir note 56
    [68Voir note 9
    [69Article 11, Compétence ratione temporis, Rome Statute of the International Criminal Court
    [70Introducing an exception which permits a State to refuse the competence of the ICC for war crimes during a seven-year perod. In getting this reservation during the negotiations, in 1998 France, with Colombia, were the only countries to have pleaded for this and found themselves in an abnormal position. This state of affairs was annuled in August 2008.
    [71Article 124 Transitional Provisions “Notwithstanding article 12, paragraphs 1 and 2, a State, on becoming a party to this Statute, may declare that, for a period of seven years after the entry into force of this Statute for the State concerned, it does not accept the jurisdiction of the Court with respect to the category of crimes referred to in article 8 when a crime is alleged to have been committed by its nationals or on its territory. A declaration under this article may be withdrawn at any time. The provisions of this article shall be reviewed at the Review Conference convened in accordance with article 123, paragraph 1.”
    [7227 avril 1848
    [73The Senate, a hundred years after the decree of abolition, took the decision to transfer his body to the Pantheon. It is Gaston Monerville who, in reading « the text of legislation, brief and clear, which ensrines the immortality of Schoelcher and of Eboué, I was, violently moved. I saw arising around me and climbing like a sudden resurrection, the the countless cohorts of all these oppressed who, during these centuries, had suffered servitude, and who, by my voice becoming theirs, crying this instant : Schoelcher has well deserved Humanity » 
    Le Sénat, un siècle après le décret d’abolition, prendra la décision de transférer son corps au Panthéon. C’est Gaston Monerville qui lira « (l)e texte de loi, bref et clair, qui consacrait l’immortalité de Schoelcher et d’Éboué, j’étais violemment ému. Je voyais surgir autour de moi, et monter, comme en une résurrection subite, la cohorte innombrable de tous ces opprimés qui, pendant des siècles, avaient souffert de la servitude, et qui, par ma voix devenue la leur, criaient en cet instant : Schoelcher a bien mérité de l’Humanité ».
    [74See the references cited by WikiPedia on Cyrille Bissette. Voir les notes de références citées par wikipédia ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyrille_Bissette
    [75Hippolyte Passy, several times Minister of the Economy amongst others, was in the first cabinet of Louis Napoleon Bonaparte (20 December 1848 to 31 October 1849). Let us recall that when the debates concerning abolition were taking place, he had proposed a gradual abolition of enslavement : freedom of the childrn at birth and gradual infranchisment.
    - Article 5 of the decree of 27 April 1848 coming into force in the law No 285 of 30 April 1849Article 5 du décret 27 avril 1848 mis en œuvre par la loi n° 285 du 30 avril 1849
    [76Article 5 of the decree of 27 April 1848 coming into force in the law No 285 of 30 April
    [77« Quand le soleil se couche sur une cause légitime (…), l’aube qui se lève (…) est toujours une promesse de son accomplissement », Mireille Fanon Mendes France, paru sur le site de la Fondation Frantz Fanon, http://frantzfanonfoundation-fondationfrantzfanon.com/
    [78La dette a été acquittée jusqu’en 1952
    [79The obligations of the colonial pact are as follows : 1. African countries have to deposit their national monetary reserves in France where the Central Bank manages the funds ; 2. Each country has to send an annual report to France on the amount of its balance and reserves ; 3. The obligation to use the CFA Franc, a colonial residue ; 4. France has the right to buy all natural resources from these ex-colonies ; 5. Priority is given to the interests of French corporations when awarding public contracts ; 6. Africans have to send their senior officers to France for training, and France also provides military equipment ; 7. France has the right to pre-deploy troops and to intervene militarily to defend its own interests. 8. The country has an obligation to make French their official language, including in the edcuation sector ; 9. The counry must renounce military alliances with other countries except with the permission of France ; 10. The country has an obligation to ally with France in situations of war or global crises.
    Les obligations issues du Pacte colonial sont :
    1. Les pays africains doivent déposer leurs réserves monétaires nationales en France où la banque centrale les gère 
    2. Chaque pays doit envoyer un rapport annuel en France sur le montant de son solde et de sa réserve
    3. Obligation d’utiliser le Franc CFA, reliquat de la France coloniale
    4. La France a le droit d’acheter toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex-colonies.
    5. Priorité est donnée aux intérêts et aux entreprises françaises lors de l’attribution des marchés publics 
    6. Les Africains doivent envoyer leurs officiers supérieurs en formation en France qui fournit aussi l’ensemble des équipements militaires 
    7. La France a le droit de pré-déployer des troupes et d’intervenir militairement pour défendre ses intérêts
    8. Les pays ont obligation de faire du français la langue officielle, y compris dans le secteur de l’éducation
    9. Le pays doit renoncer à entrer en alliance militaire avec tout autre pays, sauf autorisation de la France
    10. Le pays a l’obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale
    [80Since 1961 Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale, Gabon 
    Depuis 1961, Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale, Gabon
    [81According to historians, 15,000 deaths in Sétif, Guelma, Kherrata and in all the Constantines …
    [82Madagascan insurrections of 1947 and 1948, during which, according to historian, some 11,000 to 100,000 people were killed
    [83Je pense particulièrement à Frédéric Régent, https://vimeo.com/163954920?ref=fb-share
    [84Loi du 4 février 1794, abolition partielle, la Réunion a tout fait pour la repousser et la Martinique l’a refusée
    [85Loi du 20 mai 1802 (30 floréal an X)
    [86Voir note 5
    [88La Fondation n’a pas de site propre, l’annonce de cette création est relayée sur le site de « Tous créoles » et du « CM98 »
    [89La Fondation n’a pas de site propre, l’annonce de cette création est relayée sur le site de « Tous créoles » et du « CM98 »
    [90Serge Romana, Professeur de médecine, Président de l’association CM98 ; Serge Guézo, prince d’Abomey ; Marie – Josée Alie, Artiste, Journaliste ; Luc Laventure, Journaliste ; Frédéric Régent, Historien, voir note 10 ; Viviane Rolle-Romana, Psychologue ; Judes Galli, Chef d’entreprise ; Emmanuel Gordien, Médecin, Jean-Luc Cafournet, Chef d’entreprise, Daniel Marival, journaliste et chef d’entreprise
    [91Eric de Lucy de Fossarieu, Chef d’entreprise (voir le profil http://dirigeants.bfmtv.com/Eric-DE-LUCY-DE-FOSSARIEU-62738) ; Roger de Jaham (famille arrivée en Martinique en 1635) -voir son portrait : https://letelegrammoutremer.com/2012/04/13/roger-de-jaham-portrait-dun-martiniquais/) ; Bernard Hayot, chef d’entreprise, fondateur du Groupe Bernard Hayot (supermarchés, magasins de sport, de bricolage dans les DOM, en Nouvelle-Calédonie, au Maghreb, en Asie), 185e fortune de France
    [93La créolité : une rupture en trompe-l’œil [article] ; Michel Giraud, Cahiers d’études africaines Année 1997 Volume 37 Numéro 148 pp. 795-811
    [94Dans le cadre de la dernière assemblée générale de « Tous créoles », la LICRA vient de proposer d’ouvrir une antenne de son association aux Antilles, ce qui a été acté
    [96La Licra et le CRIF
    [98Pierre Hazan, Juger la guerre, juger l’histoire. Du bon usage des commissions Vérité et de la justice internationale (Paris, PUF, 2007)
    [1011er octobre 201
    [103Antigua and Barbuda, The Bahamas, Barbados, Belize, Dominica, Grenada, Guyana, Haiti, Jamaica, Montserrat, Saint Lucia, St. Kitts and Nevis, St. Vincent and the Grenadines, Suriname et Trinidad and Tobago
    [104A l’issue d’un sommet de deux jours 10-11 mars 2014, quinze pays membres de la CARICOM ont acté dans un plan en dix points le fait de demander réparations aux nations européennes ayant pratiqué l’esclavage, la traite négrière et la colonisation
    http://www.sxminfo.fr/73898/12/03/2014/caricom-15-etats-de-la-caraibes-officialisent-leur-demande-de-reparation-au-titre-de-lesclavage-et-de-la-colonisation/#ixzz48j2cJOdP
    [105Frantz Fanon, Le nègre et la reconnaissance, Peau noire, masques blancs, éditions du Seuil, 1952
    [106Frantz Fanon, De la violence, Les Damnés de la terre, éditions Maspero, 1961
    [108Résolution 68/237, ayant pour objectif de promouvoir le respect, la protection et la réalisation de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales des personnes d’ascendance africaine, comme le prévoit la Déclaration universelle des droits de l’homme ; de promouvoir une meilleure connaissance et un plus grand respect de la diversité du patrimoine, de la culture et de la contribution au développement des sociétés des personnes d’ascendance africaine et d’adopter et de renforcer les cadres juridiques internationaux, régionaux et nationaux, conformément à la Déclaration et au Programme d’action de Durban et à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, et de veiller à les mettre en œuvre intégralement et effectivement ; http://www.un.org/fr/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/68/237 http://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/69/16&referer=/english/&Lang=F
    [109Intervention de Ban Ki Moon, lors de la Journée internationale des Nations Unies pour le souvenir de la traite négrière et de son abolition lundi, 24 Août 2015
    [110Voir note 38
    [111Lire à ce sujet, le rapport réalisé par ENAR (European network against racism), Afrophobia in Europe-ENAR shadow report 2014-2015 ; http://www.enar-eu.org/Launch-of-ENAR-s-2014-15-Shadow-Report-on-Afrophobia-in-the-European-Union
    [112Voir à ce propos le documentaire « Trop noire pour être française », Isabelle Boni-Claverie, http://www.boniclaverie.com/
    [113Voir note 38
    [114Voir le mandat du groupe de travail d’experts de l’ONU sur les personnes d’ascendance africaine,http://ohchr.org/EN/Issues/Racism/WGAfricanDescent/Pages/WGEPADIndex.aspx
    [115Voir note 37
    [116Frantz Fanon, Ecrits sur l’aliénation et la liberté, page 445, Editions La Découverte, 2015
    [117Voir note 9

    L’AVENIR DU MONDE PASSE PAR LA REMISE EN ORDRE DE CE QUI A ETE DERANGE PAR LA TRAITE TRANSATLANTIQUE ET LA MISE EN ESCLAVAGE

    Publié le : 29 mai 2016
    e 5 du décret du 27 avril 1848 instituant la seconde abolition de la mise en esclavage, l’autre sur la loi du 30 avril 1849 avalisant l’indemnisation des propriétaires dDepuis plus d’un an, la Fondation Frantz Fanon, le LKP, l’UGTG et COSE (Collectif Ouest et Environs de Sainte Rose) attendent que les deux questions prioritaires de constitutionnalité –présentées en juin 2015- soient transmises au Conseil constitutionnel, étape préalable à l‘assignation de l’Etat français à propos de la question foncière.
     
    L’une porte sur l’articl’esclaves. Pour cette dernière, il s’agit d’en obtenir l’abrogation, ce qui peut avoir quelque conséquence sur l’arsenal juridique, voire même sur la Constitution. Imaginons que demain la loi sur le mariage soit abrogée, dès le lendemain tous les couples seraient divorcés ! 
     
    L’objectif est que les terres, occupées illégalement par ceux qui se les sont arrogés par la violence -en tant que résultat d’un crime contre l’humanité - soient rendues aux descendants de ceux qui les occupaient au moment de la première arrivée des colons et de ceux qui les ont fait vivre. 
     
    Pour ces 4 organisations, il n’est pas question d’être indemnisées pour ce crime contre l’humanité mais bien de remettre en état l’ordre qui a été dérangé par la traite transatlantique et la mise en esclavage qui a duré plus de 4 siècles, concerné plus de 12 millions de personnes et qui a impacté durablement 4 continents, sans oublier les conséquences qui se font toujours sentir en terme de colonialité du pouvoir et du savoir.  
     
    La première QPC a reçu un avis négatif du Procureur de la République au prétexte qu’elle porte sur un décret et non sur une loi.
    Le procureur aurait il oublié que ce décret n’a été possible que parce qu’il s’inscrivait dans la loi portée par le Code noir –édit royal de 1685- qui n’a pu être, définitivement, annulée que par le décret d’abolition de 1848.
    Si la mise en esclavage n’avait pas été instaurée comme politique d’État, il n’y aurait eu aucun besoin de justifier, par une loi –elle-même suivie d’un décret d’application-, l’indemnisation de ceux qui s’étaient auto proclamés propriétaires des mis en esclavage, alors que les victimes de ce crime contre l’humanité ont été exclus de toute indemnisation.
    Cette loi de 1849 n’a été possible que parce qu’elle était induite par une décision légale portant sur la libération des mis en esclavage.
    Il y a, dès lors, une relation de dépendance et de cause/conséquence entre le décret de 1848 et la loi de 1849.
    La question de l’indemnisation ne renvoie t elle pas, elle aussi, à la nature du Code noir ?
     
    L’institution judiciaire a tenté de délégitimer la pertinence des deux QPC.
    Mais en mars dernier, la juge de la mise en état a considéré que ces deux QPC portaient sur des questions présentant un caractère sérieux.
    Il y avait, donc, lieu de recevoir les arguments des organisations avant de les transmettre à la cour de cassation qui devra alors les envoyer au Conseil constitutionnel.
     
    L’audience est prévue
    le jeudi 2 juin 2016
    14heures
    Tribunal de grande instance de Pointe à Pitre
     
     
    L’État doit remettre à l’endroit ce qui a été dérangé par les ordres colonial et colonialiste

    21 MAY GLOBAL DAY IN THE FIGHT AGAINST CHEVRON

    Publié le : 28 mai 2016
    The #AntiChevronDay gains strength worldwide, the global aid is present with actions and support to those people affected by Chevron in Ecuador, to which is added the condemn against the irresponsible behavior of the oil company for its practices violating the environmental and human rights. Various activities will be launched globally for the third consecutive year, prior to the annual meeting of the oil company’s shareholders, which will be held on Wednesday, May the 25th, in San Ramón, California.
    Quito, May the 20th, 2016.- The #AntiChevronDay became this year in the global fight against the oil corporation, backed by the largest global networks, environmental organizations, outstanding fighters and activists in the field of human and environmental rights, said Donald Moncayo, spokesperson of the UDAPT (Union of People Affected by Texaco).
    The global launch of Thematic Map [1] on environmental conflicts caused by the oil company in several countries across five continents is the central event and has allowed to put together the struggles carried on by more than 30 communities that have been affected, their advocates, organizations and activists who support them in their lawsuits against the multinational.
    The interactive map was developed by ICTA (Universidad Autónoma de Barcelona), A SUD - Ecologia e Cooperazione Onlus, CDCA (Centro di Documentazione sui Conflitti Ambientali), EJATLAS (Environmental Justice Atlas), EJOLT (Environmental Justice Organisations, Liabilites and Trade) and UDAPT (Unión de Afectados por Texaco-Ecuador). It collects proved data on the damages caused by the oil company in its processes implemented for the extraction of crude oil, gas exploitation, fracking interventions, tax evasion, among others, which set a pattern of irresponsible behavior of the corporation and discards the possibility that it is a matter of accidents, as argued by the directors of the company.
    This confluence leads the affected people and their representatives to sign a statement informing Chevron that from this date they join their struggles to demand compliance with the Ecuadorian judgment in order to repair the Ecuadorian Amazon and to move forward in the processes demanding compliance with its obligations and greater responsibility by the company, to respect human and environmental rights of those territories in which it operates.
    Nor did the solidarity of personalities of global importance was late to come, activists and organizations acting through global convergences in their struggle to dismantle corporate power and demand supranational regulations to be adopted in order to force multinational companies to respect human rights, which by an open letter report formally their adhesion to the struggle of those affected by the Chevron and especially of the Ecuadorian fighters, which won a judgment considered emblematic and uncovering the structure of global impunity that allows corporations to commit crimes against the people and the environment, especially in underdeveloped countries.
    In parallel, the voice of the Ecuadorian affected people has been transmitted to pension funds, religious groups, trade unions and universities which have investments in Chevron Corporation, who have been asked to require the managers of the company to provide truthful information about the Ecuadorean case and an action based on the ethics, especially taking into account that not solving the problem (that is the pollution in the Ecuadorian Amazon) generated by the management of the company has challenged its image worldwide, which makes the investments risky.
    All these documents will be presented to the investors of the multinational in the presentation that Humberto Piaguaje, Coordinator of the UDAPT, will held during the Annual Meeting of Chevron’s Shareholders, which will be held on May the 25th, at the headquarters of the company (San Ramón-United States).
    A part from these actions, an agenda of events in Ecuador will be developed, which includes an environmental forum, with the participation of more than 30 lawyers who defend those populations affected by environmental conflicts in different parts of the world and who have developed a special agenda that will take place in Quito, as part of the Annual Meeting of Elaw, chapter Ecuador. To this, activities planned by various groups in several European countries add up.
    The #AntiChevronDay is initiative born from the Union of People Affected by Texaco, which develops for the third consecutive year. It aims to draw the attention of the company’s shareholders against the danger to their investments by disregarding the demands of justice of those who are subjected to the irresponsible behavior of those who manage the company.
    As explained by Humberto Piaguaje, this action is crucial given that those who run the company are lying to the company’s shareholders and by hiding the real situation the corporation experiences by failing to comply with the judgment issued by the Ecuadorian courts, which sentenced the company to pay more than 9,500 million dollars for the remediation of the affected areas in the Ecuadorian Amazon. “Shareholders should be aware that, far from solving the problem, this has become a snowball for the company, facing a struggle that is becoming global”.
    The situation gets complicated for the company, highlighted Piaguaje, who made reference to important events that have occurred this year and unmask the unethical conduct before the opinion of the affected people and the Ecuadorian judgment. Among them, he highlighted :
    The pronouncement of the Supreme Court of Canada, which accepted the jurisdiction in order the Ecuadorean plaintiffs to carry on the procedure for approval of the sentence, a process that is underway and whose first hearing will take place in the month of September this year, in Toronto.
    The affidavits of the former Ecuadorian Judge Alberto Guerra, who accepted to have received payments for his statements against the Ecuadorians affected people, that have been the basis of a fraudulent trial in which the representatives of the Amazonian communities were sentenced as extortionists. Guerra admitted that he received payments and benefits in the US as a witness protected by Chevron, but also that his statements during the trial, known as the RICO Case, were false.
    The report of a computer expert, who made an investigation of the computer used by the Judge Nicolas Zambrano, who issued the first instance judgment. In his report the expert confirms that the sentence was written entirely on the computer of the Court of Sucumbios, which contradicts the Chevron’s witness’ statements in the RICO trial.
    Representatives of the UDAPT, argued that now Chevron has the eyes of the world on it and has to answer, while they made a call to the citizens of the world to speak out against the irresponsible conduct of the company and for the justice, actively participating in this AntiChevron Day. As affected people, we fought for 22 years, and we will continue to do so. We never give up until Chevron pay what it owes to the Amazon Rainforest.
    Facebook : Chevron Toxico Oficial ; Afectados por Texaco ; Antichevron
    Twitter : @Chevron_Toxico ; @Toxica_Realidad ; @Antichevron
    Contacts : Union of Affected People by Texaco (UDAPT)
    Quito, Ecuador
    Phone : (593) 2 273 533
    Maria Eugenia Garcés : 0999225516
    Nancy Rodriguez : 0999949337


    Procès du 25 mai : l’antiracisme politique face aux inquisiteurs !

    Publié le : 16 mai 2016

    Plusieurs organisations appellent à un meeting unitaire le 25 mai 2016 à Saint-Denis. Cette rencontre, qui prendra la forme d’un procès public, réunira les militant-e-s de l’antiracisme politique et leurs allié-e-s ; tous ceux qui, particulièrement depuis quelques mois, subissent des campagnes de dénigrement et d’attaques frontales. Nous publions ici l’appel à cet événement.
    Accusés, levez-vous !
    Nous serons nombreux le 25 mai prochain sur le banc des accusés à plaider coupables.
    Coupables de résister, coupables de revendiquer notre autonomie, coupables de ne pas rester à notre place, coupables de ne pas subordonner notre agenda à celui des forces politiques existantes, coupables de donner un nom à notre lutte : l’antiracisme politique.
    Nous venons de subir quatre années de gouvernement socialiste : quatre années d’humiliation, de fuite en avant sécuritaire, militariste, raciste et ultralibérale. Dernier exemple en date : le recours à l’article 49-3 de la Constitution pour passer en force sur la loi Travail.
    Nous redoutons ce gouvernement comme nous redoutons la dernière année qu’il nous reste avant les présidentielles.
    À la veille de Nuit debout, Hollande et Valls prolongeaient encore l’état d’urgence. Voilà un an que l’escalade islamophobe et liberticide se poursuit, avec son attirail de mesures autoritaires destinées en premier lieu aux quartiers et en particulier aux populations noires, arabes, musulmanes et rroms : déchéance de nationalité, perquisitions arbitraires, loi Urvoas, etc.
    Cette offensive s’est accompagnée d’une campagne de dénigrement de toutes les initiatives de résistance menées par les luttes de l’immigration et des quartiers – que ce soit dans la sphère médiatique (contre la Marche de la dignité, la Brigade anti-négrophobie, le Parti des indigènes de la république, le Collectif Contre l’Islamophobie en France...), mais aussi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale (contre le Camp d’été décolonial notamment), et jusque dans les cours de justice (condamnations pénales contre la campagne du boycott d’Israël - BDS).
    L’autoritarisme de l’exécutif et la virulence policière ont eu tout le temps de gagner en puissance aux marges du périphérique et dans les camps de Calais : c’est cet adversaire solide auquel s’affronte désormais le mouvement social dans son opposition à la loi travail.
    Pourquoi cette offensive contre la résistance antiraciste a-t-elle lieu maintenant ?
    Pourquoi s’accélère-t-elle au point où des ministres (Laurence Rossignol, Najat Vallaud-Belkacem...) et des commis de l’État (Gilles Clavreul) s’en prennent directement à des forces de l’immigration et des quartiers ?
    La réponse est simple : face à chaque tournant autoritaire de Valls et Hollande, des meetings et manifestations ont eu lieu, pour clamer notre rejet des guerres impérialistes, des politiques liberticides, des violences racistes et policières.
    Cette progression a mis en déroute l’antiracisme moral et institutionnel de SOS Racisme ou encore de la LICRA. De notre côté, nous n’avons cessé d’être toujours plus unitaires bien que déployés sur plusieurs fronts (comités vérité et justice contre l’impunité policière, soutien à la résistance palestinienne, luttes contre la négrophobie, l’islamophobie ou encore la rromophobie, etc.). Nous n’avons eu de cesse de dégager une clarté politique toujours plus grande et de ne pas céder sur les priorités qui sont les nôtres.
    Dans cette séquence, plusieurs observateurs ont déjà noté qu’au sein des commissions et AG tenues depuis fin mars à Nuit Debout, les thématiques propres aux luttes de l’immigration et des quartiers reçoivent un accueil plutôt favorable. Par ailleurs, l’ampleur de la répression policière se révèle considérable – y compris à l’occasion du défilé canonique du 1er mai. Cette violente répression a au moins pour vertu de rapprocher le mouvement social dans son ensemble de certaines de nos préoccupations.
    Enfin, la recomposition en cours à gauche de la gauche permet aujourd’hui à des positions d’être entendues par-delà les vieilles rengaines républicaines et d’être saisies par de nouvelles générations militantes.
    Il y a là une occasion à saisir, redoutée par le pouvoir : celle d’une politique d’alliance, entre l’antiracisme politique et autonome d’un côté, et un mouvement social que nous souhaitons le plus pugnace possible.
    Cette alliance est souvent invoquée, réclamée, dans les rangs qui agitent Nuit debout. Mais cette incantation – « la banlieue, avec nous » – sert avant tout la volonté de se donner bonne conscience, à défaut de s’envisager comme une volonté politique. Il ne suffit pas de se gargariser d’exigences abstraites, de compter les têtes crépues qui émergent des rangs. D’une part, la jeunesse des cités n’a pas attendu son carton d’invitation : à Bergson comme ailleurs, dans la confrontation avec la police ou dans les blocus de lycées, elle participe pleinement de la révolte lycéenne, autonome et vigoureuse, que l’on a pu notamment voir à l’œuvre dans le cadre du mouvement de solidarité avec Léonarda.
    Mais surtout : une « jonction » ne se décrète pas. La « convergence » n’est pas le lieu où se retrouvent les intérêts des uns et des autres, où s’additionnent sans stratégie ni conscience tactique les revendications. Si elle suppose avant tout des partenaires qui négocient d’égal à égal, c’est aussi parce qu’ils doivent savoir se heurter, négocier des priorités, etc. Les classes subalternes blanches et descendantes de colonisés partagent, certes, des tas de problèmes qui dessinent un espace politique commun, mais les unes et les autres ne vivent pas sous les mêmes régimes d’exception, dans les mêmes imaginaires, avec la même mémoire des luttes, avec les mêmes clivages, les mêmes trahisons ni les mêmes victoires. Ces différends ne sont pas à mettre de côté, ils sont à mettre sur la table - des négociations.
    C’est à cette condition que nous ferons bloc.
    Pour l’heure, le mouvement décolonial dans son ensemble est sévèrement pointé du doigt dans l’indifférence générale. Ensemble nous sommes accusés. Ensemble, plaidons coupables. C’est ainsi que nous vous invitons à rencontrer les luttes de l’antiracisme radical face aux inquisiteurs et aux côtés de leurs alliés le mercredi 25 mai 2016 à 18h30 à la Bourse du travail de Saint-Denis (9-11 rue Génin, 93200 Saint Denis, Métro Porte de Paris)
    Avec la participation de : Collectif Ali Ziri, Urgence Notre Police Assassine (UNPA), Les Indivisibles, le Front Uni de l’Immigration et des quartiers populaires (FUIQP), la Brigade Anti-Négrophobie (BAN), la Voix des Rroms, le Parti des Indigènes de la République (PIR), les Marcheuses de la Dignité, les organisatrices du Camp d’été Décolonial, le Labo décolonial, la Commission non-mixte racisée de Paris 8, Fondation Frantz Fanon, Union Juive Française pour la Paix (UJFP), le site Contre-Attaque(s)...
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