• Il n'aimait pas Césaire

    On l’avait surnommé journaliste,

     

    Il flattait les puissants, écrasait d’une plume ravageuse ceux dont l’importance lui paraissait dérisoire, et s’enhardit même à écrire un essai, que le plus réactionnaire des bloggeurs de son département  applaudit des deux mains. Mais haï par ses pairs, il obtint sa mutation dans la capitale. Non point parce qu’il y manqua de talents. Il avait tout simplement été chargé par son journal, financé par les puissants lobbys, détenteurs du pouvoir local,  d’infiltrer tous les groupes de ses concitoyens qui revenus au pays avec des idées trop subversives auraient eu l’outrecuidance de  vouloir y travailler.

     

    Il hantait les associations et manifestations, minimisant tout ce qui s'y déroulait ; remplaçant la pertinence du verbe par une profusion de photographies, pour prouver tout simplement qu’il s’y  trouvait bien lui aussi.

     

    Quand on le voyait approcher, tout de noir vêtu, la moustache frisottée et le sourire narquois, chacun de ses compatriotes serrait convulsivement dans la paume de sa main un porte bonheur, une médaille, ou récitait précipitamment trois invocations à son saint protecteur.